‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 5 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, PREMIERE SECTION, CHAPITRE I. M · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, PREMIERE SECTION, CHAPITRE I. M

aucune peur du chien. La poule ne fuit ni le paon, ni l'oie ; elle a peur de l'épervier, quoique plus petit. Tous les oiseaux en général redoutent si fort l'approche des oiseaux de proie, qu'ils ont peur même de leur ombre. Le cerf trouve une protection et une défense dans sa timidité ; la colombe et le lièvre dans leur agilité, ainsi de suite pour beaucoup d'autres animaux. Et pour que nous n'attribuions pas ces choses au hasard, voilà que ces animaux ne craignent rien tant que ce qui mérite d'être craint, et qu'ils ne peuvent jamais se résigner à l'envisager avec indifférence. Il y a d'autres animaux qui se défendent avec art et donnent le spectacle d'une industrie merveilleuse. En voici un remarquable exemple. Plutarque nous apprend que le jeune perdreau, quand il est poursuivi, se renverse et se couvre de terre le plus qu'il lui est possible, afin de se dérober aux recherches de ses ennemis. Le lapin se prévaut aussi de son industrie ; il a toujours soin de pratiquer dans son terrier deux ou trois issues, afin de s'échapper et de s'enfuir par l'une quand on lui ferme l'autre. Mais que comparer aux précautions intelligentes des grues, mille fois plus étonnantes que tout ce qui précède. Quand les grues cheminent et se disposent à dormir, l'une d'elles fait toujours sentinelle, et celle qui est choisie pour cette veille assidue tient toujours une pierre à la patte , afin d'être réveillée si par hasard elle était gagnée par le sommeil. Ces faits sont connus de tous, et cependant on n'en tire pas toujours sujet d'adorer la Providence et de reconnaître que ces merveilles sont son œuvre. Que ces inductions sont étonnantes et que pourraient faire de plus les animaux en les supposant raisonnables.

Arrivons aux aptitudes dont les animaux sont doués pour se guérir dans leurs maladies. Plutarque nous apprend que la tortue, mordue par quelque vipère, a un contre-poison dans une espèce de thym, nommé origan, qu'elle cherche avidement et duquel elle se nourrit. Nous savons aussi, par le même auteur, que dans l'île de Crête le cerf, blessé par une flèche, a recours à une plante, appelée dictame, qui le soulage et le guérit. N'estce pas là une manifestation de la sagesse et de la providence du Créateur qui n'a pas voulu laisser sans remède un animal que

tous les veneurs poursuivent avec acharnement et, merveille mille fois plus grande! qui lui a permis, sans qu'il ait besoin de connaître et de lire Dioscoride, de discerner naturellement une chose dont il avait un si pressant besoin? Mais voici qui n'est pas moins admirable. L'hirondelle sait que lachélidoine apaise et guérit les douleurs que ses petits ressentent aux yeux ; les couleuvres usent de la même plante dans le même but, et c'est l'exemple de ces animaux qui a découvert aux médecins l'utilité qu'ils pouvaient en retirer pour soulager nos douleurs de la vue. Il est donc vrai, nous n'en pouvons douter après ces mémorables exemples, non-seulement les animaux égalent les hommes par la perfection de leurs instincts qui sembleraient avoir pour principe une intelligence raisonnable, ils lui sont encore supérieurs en ce qu'ils connaissent naturellement les remèdes qui peuvent les guérir, tandis que les hommes s'instruisent de leurs exemples ou sont forcés, pour acquérir ces connaissances, de se consumer dans de rudes labeurs. Voyez encore, à l'appui du fait que j'affirme, comment les chiens et les chats distinguent vite et bien les herbes avec lesquelles ils se purgent! Que dire de l'animal qu'on nomme hippopotame; il se roule sur des épines pour provoquer, faire couler son sang quand cela est utile, et se plonge ensuite dans la boue pour l'arrêter. Que dire enfin de la cigogne qui, sentant son ventre trop chargé, va puiser avec son bec de l'eau salée et se purge avec elle.

Disons un mot de ce que font les animaux pour leurs petits; soit qu'il s'agisse de leur donner la vie, soit qu'il s'agisse de les soutenir ou de les défendre, leurs soins sont admirables et ne nous étonnent pas moins que ceux des créatures douées de raison. Faut-il les mettre au monde, en effet, les oiseaux cherchent dans les arbres touffus une retraite solitaire et cachée; ils font là avec un art merveilleux un tissu de pailles entrelacées, en forme de panier rond, pour y donner la vie à leurs petits. Mais ce n'est pas tout ; ils recherchent avec des précautions infinies des plumes ou d'autres objets moelleux, afin que ces petits, nouvellement éclos et privés encore de leur plumage, ne se meurtrissent pas. Quant à ces derniers, si jeunes qu'ils soient, ils ont garde

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