CHAPITRE VIL
Sixième excellence de la foi chrétienne : beauté des conseils évangéliques.
Notre Seigneur désire si vivement le salut des hommes, qu'il leur rend facile le chemin du ciel en les débarrassant du poids des exigences de la loi ancienne, et en résumant la doctrine de la loi nouvelle en deux commandements conformes à la lumière naturelle de la raison, afin que celui qui serait désobéissant n'eût aucune sorte d'excuse à alléguer.
Cependant, à ceux qui, non contents d'observer ces deux lois, aspirent à la perfection de la vie chrétienne , notre Seigneur propose dans son Evangile des conseils plus élevés qui, en dépouillant l'homme de sa propre nature, le rendent spirituel et divin, semblable à Dieu et à ses anges. Quoiqu'un long traité fût nécessaire pour exposer la nature de ces conseils, nous allons les énumérer rapidement ; peut-être nous arrivera-t-il, cependant, de nous arrêter un peu plus sur quelques-uns d'entre eux.
La loi qui nous ordonne d'aimer le prochain nous fait un devoir d'aimer nos ennemis ; mais là s'arrête la loi et commence le conseil. A quoi nous engage-t-il? « A faire du bien à ceux qui nous font du mal, à prier Dieu pour eux,» Matth. v, M, à triompher de leur malveillance par nos bienfaits. Mais le Sauveur continue, et après ce conseil il nous en donne d'autres. Il nous fait un conseil, ce qui est la perfection de la charité, « de ne jamais faire de procès parce qu'ils engendrent souvent des rancunes et des haines. » Il nous engage à ne pas jurer, quand même ce serait pour affirmer la vérité, à cause de la grandeur du nom de Dieu. Il fait un conseil de la chasteté, Matth. xix, qui, selon l'Apôtre, délivre l'homme des charges et des soucis du mariage et lui permet de s'occuper des choses de l'esprit, I Cor. vu, de la pauvreté évangélique, qui épargne à l'homme les tracas, les préoccupations et les affaires que lui procure la possession des biens temporels; de l'obéissance, Luc. xxu, par laquelle l'homme se re-
nonce lui-même, et conforme toujours sa volonté à la volonté de ses supérieurs. En mettant en pratique ces trois dernières vertus, l'homme ayant rompu tous les liens du dedans et du dehors, peut se livrer tout entier à la contemplation des choses divmes. Le Sauveur nous recommande encore le jeune et l'abstinence qui, en affaiblissant notre corps, t'ont taire les passions révoltées qui ont en lui leur principe, UaUh. vi; il nous conseille enfin l'aumône et les œuvres spirituelles et corporelles de miséricorde, non pas seulement pour les cas extrêmes et dans la nécessité, parce que l'aumône est plutôt alors de précepte que de conseil, mais aussi pour les cas ordinaires de la vie.
Tous ces conseils n'ont qu'une fin, qui est de tenir notre esprit toujours uni à Dieu. C'est pourquoi le Sauveur, dans un dernier conseil nous recommande , avec une insistance particulière , la prière fréquente et continuelle. Matth. vi. La prière, en effet, élève notre esprit jusqu'à Dieu et nous permet de parler et de converser avec lui, en même temps qu'elle est un moyen trèsefficace d'obtenir sa grâce, puisque sa mission propre est de la demander, et par la grâce de remplir l'homme d'un nouvel esprit et de nouvelles forces pour observer les commandements de Dieu. « Celui qui garde la loi multiplie la prière, » Eccîi. xxxv, 1, est-il écrit dans les Livres saints. En partant de ce principe, qu'on ne peut obéir parfaitement à la loi sans le secours de la grâce, on apportera d'autant plus de soin à la prière, qui est le plus sûr moyen d'obtenir une grâce fortifiante, qu'on aura un plus vif désir de mettre la loi en pratique. La prière est d'ailleurs l'office propre du peuple chrétien, et cela est si vrai, que le Seigneur a voulu désigner son Eglise d'après cette auguste sanction : « Ma maison, dit-il, sera nommée la maison de prière dans toutes les nations. » Isa. lvi, 7. A chaque histant, les saintes Ecritures nous recoramandenl cette vertu. Entendez saint Paul dans une de ses épîtres aux Thessaloniciens : « Priez sans cesse, rende/, grâces à Dieu en toutes choses. » 1 Thess. v, 17-18. Dans une autre épître, il nous recommande, afin de pouvoir résister aux tentations de l'ennemi, de prier toujours en esprit,» Bphes. vi , c'est-à-dire avec nue dévotion affectueuse et une attention soutenue. Ailleurs