‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 45 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE VII

il dit encore : « Je veux que les hommes prient en tous lieux, levant vers Dieu des mains pures. » I Tim. n, 8. Enfin ce grand Apôtre a de la prière une si haute estime, qu'il ne craint pas de nous engager à la chasteté comme à un moyen qui nous permet de vaquer et mieux et plus longtemps à ce saint exercice. I Cor. vu. Comme on peut le voir facilement, la vie chrétienne, pour être parfaite et entièrement conforme aux conseils de l'Evangile, doit n'être qu'une prière continuelle, et le chrétien doit avoir sans cesse son cœur élevé vers le ciel, à l'exemple des saints et principalement de ceux qui s'isolaient dans les déserts pour s'occuper toujours de Dieu. Qu'est-ce à dire et que signifie cela, sinon que l'homme doit vivre en union continuelle avec Dieu, traiter toujours avec Dieu, résoudre toutes ses affaires avec Dieu, quitter enfin la terre qu'il habite et se perdre dans le ciel en conversant avec Dieu? Encore une fois n'est-ce pas là imiter l'office des anges qui sont toujours en présence de cette souveraine majesté? Qu'espérer pour l'homme de cette occupation sainte? N'est-il pas vrai que, de même qu'autrefois Moïse descendit de la montagne, radieux et brillant d'une suave clarté, parce qu'il avait vu Dieu, Exocl. xxxi v, le chrétien se divinisera au contact de ces ineffables communications ? Et si l'Apôtre a pu dire « que celui qui demeure attaché au Seigneur est un même esprit avec lui, » I Cor. vi, 17, comment le chrétien qui prie Dieu ne deviendrait-il pas spirituel et divin? Les philosophes, en parlant de la différence qui existe entre les sens et l'entendement, disent que tandis que les premiers ne peuvent résister à des sensations trop vives , les yeux , par exemple, ne supportent pas une trop vive lumière, ni les oreilles un trop grand bruit, l'entendement devient d'autant plus noble et plus parfait que les objets de sa contemplation sont plus élevés. Or, y a-t-il rien de plus parfait que Dieu? Et dès lors comme notre esprit s'ennoblit et se transfigure en se tenant toujours élevé vers Dieu et en ne s'occupant que de lui, n'aurions-nous pas d'autre preuve de la beauté de notre religion, celle-ci suffirait à elle seule pour nous convaincre de l'excellence d'une doctrine qui nous donne de tels enseignements.

La pureté de la loi évangélique est conforme à sa fin.

Un autre conseil du Sauveur que nous avons signalé en passant est celui qu'il nous t'ait de la virginité et de la chasteté , Mat th. xvu, qui élèvent l'homme au-dessus des facultés et des conditions de sa nature afin de le rendre semblable aux anges et aux saints du ciel, « où il n'y a, selon la parole du Sauveur, ni époux ni épouse. » Luc. xx. Cette vertu, si belle pour l'homme, est un don spécial de Dieu, et « nul ne peut la garder continuellement sans sa grâce. » La chasteté a de mystérieuses affinités avec la prière; c'est pourquoi l'apôtre saint Paul la recommande aux fidèles de Corinthe, afin que, débarrassés des inquiétudes et des soins du mariage, ils puissent s'adoimer librement et sans obstacles à ce pieux exercice. Mais de même que la chasteté favorise la prière, ainsi la prière est un des principaux moyens d'obtenir la chasteté, comme elle obtient tous les autres dons de Dieu.

Il n'est pas de vertu plus célébrée dans la loi de grâce que la chasteté ; il n'est pas non plus de vice plus indignement flétri (pie celui qui lui est opposé. Les apôtres, en dispensant les nouveaux fidèles des charges de la loi ancienne, leur ordonnaient de « s'abstenir de l'idolâtrie et du péché de fornication, » Act. xv, 20, comme d'un des vices les plus contraires à la pureté de la religion chrétienne. D'ailleurs Dieu avait figuré, même dans la loi, l'horreur qu'il avait de ce vice, dans la circoncision, cérémonie sanglante qui était l'image du soin avec lequel nous devions éviter de souiller notre corps par ce péché honteux. Le grand Apôtre, enfin, pour nous détourner de ce crime, nous dit : « Fuyez la fornication; tout autre péché commis par l'homme est hors du corps; mais celui qui commet la fornication pèche contre son propre corps et le rend inhabile à devenir le temple de Dieu. » 1 Cor. vi, 18.

En résumé et pour reprendre notre sujet, comment ne pas comprendre, après tous ces conseils évangéliques, combien parfaite est. la vie chrétienne qui, dépouillant pour ainsi dire l'homme

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