‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 46 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE VII

de sa nature, le fait vivre d'une vie surnaturelle et divine? Mais cette perfection n'apparaît pas seulement dans ces conseils qui sont en opposition avec toutes les inclinations de la nature corrompue, elle brille aussi dans l'excellence de la fin du christianisme. Quelle est donc cette fin ? Voir l'essence de Dieu dans sa gloire et dans sa beauté, bonheur suprême qu'aucune créature, pour si parfaite qu'on la suppose, ne peut atteindre par les propres forces de sa nature sans le secours divin de la grâce. Cette fin étant surnaturelle, les moyens de l'atteindre doivent être aussi surnaturels, car, la fin et les moyens, comme disent les philosophes, doivent être de même nature; c'est ce qui a lieu dans le cas présent. Les vertus infuses sont ces moyens ; or ces vertus sont surnaturelles ; la grâce d'où elles procèdent est aussi surnaturelle et a été répandue dans nos âmes par le Saint-Esprit ; les sacrements, source et principe de cette grâce, cachent, sous une forme visible, une force et une efficacité invisibles. De plus, la foi, qui est le fondement de toutes ces merveilles, est une lumière surnaturelle que Dieu répand dans une âme et par laquelle il l'excite à croire toutes les vérités qu'il a révélées, encore que ces vérités dépassent les limites de la raison. D'où il suit que l'incompréhensibilité de nos mystères, loin de rien prouver contre la foi chrétienne, est une preuve de sa vérité, puisque notre religion, surnaturelle dans sa fin, doit être nécessairement surnaturelle dans ses moyens.

Ajoutons encore que si la vie chrétienne est surnaturelle, elle est encore céleste et divine, pleine de vertu et de sainteté. Observez attentivement les prières et les cérémonies- saintes : la messe, l'office divin, les antiennes, les répons et les oraisons qu'on y récite ou qu'on y chante, l'administration des sacrements, et vous verrez qu'on ne s'y propose qu'un but : rendre les hommes justes et saints ; vous verrez que l'Eglise chrétienne est une école de sainteté et de vertu, et qu'on n'y parle jamais que de ces deux choses. C'est bien ce que voulaient dire les deux frères illustres, saint Jean et saint Paul, lorsqu'ils firent dire à Julien l'Apostat qu'ils se séparaient de lui parce que lui-même s'était séparé d'une religion où fleurissaient toute sorte de vertus. Peut-on trouver

une marque plus certaine de l'excellence de notre foi? Rendre les hommes vertueux et bons, leur faire honorer Dieu, c'est son but et sa fin. Aussi n'a-t-elle pas besoin d'arguments et de raisons extrinsèques : sa sainteté et sa beauté sont sa plus belle justification et sa meilleure preuve.

Comment les conseils évangéliques élèvent et perfectionnent l'âme.

Tels sont les conseils que le Seigneur, appelé dans Isaïe « l'ange du grand conseil, » est descendu du ciel pour nous donner. Il nous les enseigne dans son Evangile, mais il nous les prêche surtout dans sa vie. Les apôtres les ont suivis; les pontifes, successeurs des apôtres, les ont observés ; les Pères du désert ont mis leur joie à les accomplir; les vierges très-pures qui ont triomphé de leur faiblesse naturelle et des appétits de leur chair en la soumettant à l'esprit, se sont fait une gloire de la pratiquer; ces mêmes conseils sont encore, de nos jours, embrassés par tous les amis de la vie et de la perfection évangéliques.

Au reste, cette manière de vivre est la perfection de la doctrine chrétienne. C'est elle qui soumet en nous la chair à l'esprit, et nous fait ainsi obéir à la plus noble partie de notre être ; c'est elle qui élève l'homme au-dessus de lui-même, c'est-à-dire au-dessus de sa nature charnelle, si opposée à toutes ces saintes inspirations. et le fait ressembler, autant qu'il est possible, à ces intelligences souveraines entièrement étrangères à la chair; c'est elle enfin qui, en arrachant l'homme aux soins, aux affaires et à l'affection des biens de la terre, le met en présence des biens du ciel et le rend apte à la contemplation des choses divines, ce qui constitue le plus grand bonheur auquel on puisse atteindre en cette vie. C'est par elle enfin, ô merveille ! que l'homme s'unit à Dieu, le centre de sa paix, le lieu de son repos, et le résumé de notre l'élilicité. Car de même qu'il est contre la nature de la pierre de demeurer en l'air quand elle n'est pas soutenue et que par son propre poids elle retombe vite à terre, de même notre àme, débarrassée, par la grâce, de tous les obstacles qui tombent devant fol»- rvation fidèle des conseils évangéliques, ubéit à sa nature

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