CHAPITRE XIII
Douzième excellence de la religion chrétienne : la pureté de la vie
de ses fidèles.
En poursuivant l'énumération des excellences de notre sainte religion, nous devons en mentionner une non moins extraordinaire, je veux dire le changement et les effets qu'elle produit dans les âmes qui mettent en usage les remèdes et les secours qu'elle donne pour pratiquer la vertu. De même, en effet, que le but et l'effet propre de la médecine sont de guérir les infirmités de nos corps, de même une bonne loi se propose la guérison des infirmités des âmes, c'est-à-dire des péchés. Or, si l'efficacité d'une médecine nous en fait connaître l'excellence, l'efficacité de notre sainte religion pour guérir les âmes nous découvrira sa dignité et* sa perfection.
Expliquons ceci par un exemple. Dieu ne cesse jamais de nous appeler à lui, et il répète sans cesse ces paroles que l'apôtre saint Jean nous a laissées : « Je suis à la porte, et je frappe; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi. » Apoc. ni, 20. Cet appel, ou plutôt cette inspiration divine, est adressé à chacun de nous, et Dieu emprunte mille moyens pour nous le faire entendre. Quelquefois il se sert d'une maladie, d'autrefois d'un péril ou d'un désastre, souvent d'une parole, d'un prédicateur, d'un confesseur ou d'un bon livre. Supposez maintenant qu'un homme, touché de cet appel, désire de toute son âme tirer tout le profit possible des remèdes et des secours que notre religion sainte met à notre disposition pour nous sanctifier : le repentir des péchés passés, une sincère confession de nos fautes, une préparation humble et pieuse à la réception du très- saint sacrement de l'autel, un retour quotidien sur soi-même, afin de se recommander à Dieu et de lui demander avec instance la grâce de ne rien faire contre son service. Si cet homme demeure quelque temps fidèle à ses bonnes habitudes, le Seigneur, qui est le Père des miséricordes et qui désire le salut de tous les hommes, lui qui a juré solennellement « qu'il ne voulait pas la mort de l'impie, mais plutôt sa conversion et sa vie, » Ezech. xxxm, 11, accourt bientôt avec la rosée de sa grâce et répand dans son âme des clartés et des joies telles qu'elle n'a plus de goût que pour la vertu et que la pratiquer devient son unique passion. Plus cet homme prie, plus il se recueille, plus il fréquente les sacrements, et plus aussi la grâce de Dieu se fait sentir en lui et opère dans son cœur des prodiges qui le plongent dans l'admiration; il se fait en effet dans ses affections et ses inclinations d'autrefois un si grand changement, qu'il demeure stupéfait devant une rénovation si profonde et si rapide. Il déteste ce qu'il aimait et il aime ce qu'il détestait; il trouve doux ce qui est amer et amer ce qu'il trouvait doux; enfin, ce qu'il regardait autrefois comme impossible lui semble maintenant aisé et facile. Il y eut un temps où il ne pouvait être chaste, et maintenant la chasteté lui est rendue nonseulement possible, mais encore douce et commode; autrefois il