‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 62 sur 383 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Treizième excellence de la religion chrétienne : elle conduit l'homme a la félicité et à sa dernière fin.

Si la religion chrétienne rend les hommes bons, elle a encore la propriété de les rendre heureux. Or, pour employer toujours la même comparaison, de même que dans la médecine et dans le médecin qui l'applique, nous avons remarqué deux choses : le moyen et la fin; le moyen, c'est la guérison, la tin est la santé; de même il y a dans toute bonne loi un moyen et une fin propres : le moyen, c'est de rendre les hommes bons et vertueux; la fin, c'est de les rendre heureux, la loi et la vertu n'ayant pas d'autre but.

C'est donc une autre excellence de la religion chrétienne que la propriété qu'elle a de nous apprendre en quoi consiste le bonheur de l'homme et quels sont les moyens de l'obtenir. Le bonheur, d'après Boëce, est un état parfait dans lequel nous nous trouvons en possession de tous les biens. Pour comprendre ceci, il faut savoir que le Créateur a imprimé dans le cœur de l'homme un désir naturel d'arriver à un état où il fût en possession de tous les biens et entièrement exempt de sollicitude et d'ennui. Tous les hommes recherchent continuellement ce bienheureux état, encore que beaucoup se trompent et croient y être arrivés

dès qu'ils sont en possession du bien qu'ils désirent. Qu'il soit possible à tous les hommes d'atteindre cet état de parfait contentement, on ne peut en douter après le désir naturel que le Créateur en a gravé dans leurs cœurs, car il est clair que ce souverain Seigneur ne faisant jamais rien d'oiseux ou d'inutile, n'a pas pu nous donner des désirs impossibles à satisfaire.

Ces principes n'étaient point ignorés des philosophes; seulement, par une erreur grossière, ils cherchaient le bonheur dans cette vie présente, plus féconde en larmes et en douleurs qu'en rires et en joies. Ne sachant absolument rien de l'autre vie, ils étaient forcés de chercher le bonheur en celle-ci, et une conséquence naturelle de leur erreur fut de se contredire étrangement sur la nature de ce bonheur que les uns firent consister en une chose et les autres en une autre. Mais que la religion chrétienne est plus sure et mieux éclairée ! Comme elle a Dieu pour maître, elle nous apprend que le bonheur est un bien qu'il ne faut pas chercher en cette vie, mais seulement dans la vie future, où nous le verrons clairement et distinctement, ce trésor infini, où nous jouirons parfaitement de lui, où nous posséderons enfin, sans crainte de le perdre, ce bien universel qui contient tous les autres biens. Cette vérité, que la foi nous enseigne, nous pouvons arriver à la comprendre par la capacité infinie de notre entendement et de notre volonté; quelle intelligence humaine est pleinement satisfaite de ce qu'elle sait? Plus elle est éclairée, plus elle désire s'éclairer encore, et posséderait-elle toutes les sciences du monde, il y aurait en elle un désir naturel, en même temps que la possibilité d'en savoir davantage. Il en est de même de la volonté; fût-elle en possession de* tous les biens de la terre, elle peut en désirer encore de plus grands, et jouir de ces biens dès qu'elle les possède. L'entendement est donc sans repos jusqu'à ce qu'il comprenne cette vérité première qui renferme, avec toutes les vérités, tout ce qu'on peut savoir ; et la volonté n'est pas satisfaite jusqu'à ce qu'elle soit en possession du bien universel, dans lequel sont contenus tous les biens. Mais notre àme, arrivée à cet état parfait, se réjouira en Dieu comme dans son centre et dans le lieu de son repos ; elle ne désirera rien hors de Dieu, parce que

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