‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 68 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XV. III · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XV. III

effets personnels qui n'atteignent que les individus ; ceux dont nous avons à parler sont des effets universels qui ont changé le monde. Mentionnons le premier de tous, c'est-à-dire la destruction de l'idolâtrie par la prédication de la loi sainte. Sans parler d'une foule de circonstances dont nous nous occuperons plus loin dans la suite de cet ouvrage, qu'on me permette trois observations préliminaires qui séparent l'intelligence humaine et qu'aucune langue n'est capable de célébrer dignement. Et d'abord, après l'incarnation et la rédemption, le plus grand bienfait que Dieu ait donné à la terre est sans contredit la destruction de l'idolâtrie. Si on dit du bien que, plus il est commun et répandu, plus il est divin, parce qu'il est utile à un plus grand nombre, il est vrai d'affirmer le contraire du mal, qui est d'autant plus contagieux et nuisible qu'il est plus universel. Or telle était la plaie hideuse de l'idolâtrie; tous les peuples de l'univers en étaient atteints, et elle avait exercé ses ravages parmi toutes les nations de la terre, c'est-à-dire sous toute l'étendue des deux. C'était l'œuvre du grand auteur de tout mensonge qui avait infecté le monde de cette lèpre mortelle, sans qu'une île de la mer ou un coin de la terre fût à l'abri de cette redoutable contagion. Que si nous considérons l'antiquité de ce mal, qui datait des temps les plus reculés, que pourrons-nous en dire? Que dire aussi de son épouvantable malice? Quelle injure ne faisait-elle pas à Dieu? N'était-ce pas en effet le renverser de son trône, lui arracher sa couronne royale pour la donner au plus grand de ses ennemis, c'est-à-dire au démon? Nous ne nous trompions donc pas en disant que l'idolâtrie a été le plus grand et le plus universel de tous les bienfaits qui ont été accordés au monde, et que, par conséquent, jamais homme n'avait rendu à la terre un service plus signalé que le Christ rédempteur qui , par la prédication de son Evangile, l'avait délivré de la tyrannie que le démon exerçait sur elle depuis tant d'années d'une si lamentable manière. Quoi donc ! Si les Juifs avaient raison d'appeler le Christ blasphémateur, parce qu'étant homme il voulait se faire passer pour Dieu, qu'on me dise comment d'un personnage si abominable pouvait sortir un si grand bien?

En second lieu, je dis que de tout ce qui a été fait ou se fera dans le monde, rien n'était difficile comme de mener à bonne fin l'œuvre dont nous parlons. 11 fallait, en effet, triompher de l'univers entier ; les rois, les empereurs, tout ce qu'il y avait de sages et de puissants sur la terre prirent les armes pour défendre les superstitions de l'erreur et renverser notre religion sainte ; ils ne reculaient devant rien afin d'en venir à leur but, ni devant l'effusion du sang, ni devant les tourments les plus affreux que l'imagination se refuse à dépeindre, parce qu'elle semblait incapable de les découvrir. Le dragon infernal versait alors dans le cœur des hommes tous ses poisons les plus subtils ; il voulait, en leur enlevant les derniers restes d'humanité, les pousser à exercer sur les corps des martyrs les cruautés inouïes que les démons, ces ennemis acharnés du Christ, leur inspiraient. Tout ici doit sentir l'extraordinaire ; aussi ne pensez pas que cette lutte sanglante n'ait duré que vingt, trente ou soixante ans ; elle se prolongea pendant trois siècles, et dura jusqu'au grand Constantin qui réunit le concile de Nicée trois cent trente-trois ans après la naissance du Sauveur. De nouveaux persécuteurs surgissent encore, et l'apostat Julien ou l'arien Yalens ne pâlissent pas à côté des premiers bourreaux. On ne peut pas compter, tant elles furent nombreuses, les victimes qui souffrirent ou périrent alors pour la foi. En vérité, je le demande, y avait- il jamais eu dans le monde une œuvre plus difficile à terminer?

Pour célébrer dignement la troisième circonstance de ce fait mémorable, il faudrait la langue des anges, encore même seraientils au-dessous d'un pareil ministère. La destruction de l'idolâtrie devient plus surprenante quand on considère les moyens et les armes par lesquels elle a été renversée. Et avec quelles armes, en effet, Dieu devait-il triompher de l'enfer et du monde, si ce n'est avec des armes dignes de lui? Quelles étaient donc ces armes? Arrière le fer, les puissantes armées, la sagesse des philosophes, l'éloquence des orateurs, les grandes richesses; tous ces moyens corrompent les cœurs ; ce qu'il faut à Dieu, ce sont des armes divines, et il les trouva dans les vertus surnaturelles dont il anima les martyrs : une foi vive, une force invincible, une

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