‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 69 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XV. H · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XV. H

constance inexpugnable, une patience à toute épreuve, une fidélité indéfectible à servir leur Créateur, un esprit généreux, un cœur au-dessus de toutes les séductions ou de toutes les menaces des tyrans, une indifférence magnifique à tout ce que le monde pouvait leur faire de bien ou de mal, comme s'ils étaient morts au monde et s'ils vivaient pour Dieu seul. Voilà les armes de ces nouveaux héros. Aidés de ces vertus surnaturelles que Dieu seul pouvait répandre dans leurs cœurs, ces chevaliers entreprirent la lutte ; ils remportèrent la victoire en mourant, ils triomphèrent en souffrant, ils chassèrent le démon en étant chassés eux-mêmes, ils détruisirent ses autels en tombant, et ils renversèrent ses statues en étant eux-mêmes livrés au mépris et aux injures. Malgré leur faiblesse apparente, ils furent si puissants que, lorsqu'ils eurent achevé leur difficile conquête, l'idolâtrie fut à jamais ruinée! Les idoles virent leurs temples détruits, leurs autels renversés, leurs images brûlées, leurs statues, conservées naguère avec une vénération profonde, méprisées et fondues pour être converties en objets dignes de servir au culte du vrai Dieu, sans que la puissance du monde et de l'enfer conjurés pût rien pour les défendre. 0 glorieuse victoire! ô combat singulier! ô puissance de ces armes qui n'ont pas été faites dans les forges de Milay et de la main des hommes, mais qui sont l'œuvre de l'Esprit- Saint lui-même! Le Seigneur tout-puissant aurait pu convertir le monde d'une seule parole, comme il le fit à Ninive par le ministère du prophète Jonas ; mais il ne voulut pas, car son triomphe eût été l'œuvre de sa toute -puissance ! Mais qu'il était plus glorieux pour lui de vaincre les puissants et les rois de la terre par la faiblesse de quelques pauvres femmes et de tous les autres martyrs qui riaient de leurs persécuteurs et des inventions de leur cruauté! Quelle gloire et aussi quelle couronne pour les martyrs eux-mêmes dans cette récompense éternelle qui leur était acquise par des travaux d'un moment ! Quelle gloire surtout pour la rédemption de Jésus-Christ, dont les mérites assuraient aux premiers chrétiens la force et la grâce de triompher du monde !

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