CHAPITRE XVI
Quinzième excellence de la foi chrétienne : elle a changé le monde.
On ne peut refuser son admiration aux œuvres opérées dans le monde par la prédication de l'Evangile, et, parmi toutes, celle dont nous venons de parler surpasse tout ce qu'on en peut dire. Néanmoins il en est une que je trouve plus admirable encore, je veux dire la réformation des coutumes et le changement de vie qui se produisirent à des degrés divers parmi les hommes de toutes conditions dans toutes les parties de l'univers, comme il conste d'après toutes les histoires ecclésiastiques. Je dis que cette œuvre est plus admirable que la précédente, parce qu'il est plus difficile de changer la volonté et de la tourner au bien que de convaincre l'entendement et de lui faire connaître la vérité. L'intelligence se rend devant une bonne raison ; le miracle l'éclairé et Dieu la subjugue. Mais qu'il y a loin de cette défaite de l'esprit à la conversion de la volonté et à sa fidélité à la vertu ! Le cœur résiste encore quand l'intelligence est soumise, et s'il fallait le prouver, je n'aurais qu'à citer ce nombre incalculable de chrétiens qui ont la foi, mais dont la vie condamne les croyances, sans que la parole ou la crainte de la mort, du jugement et de l'enfer, puisse réforuier leur volonté ou corriger leurs mœurs.
Elle est donc grande par ses difficultés l'œuvre de la conversion des cœurs ! L'histoire nous raconte d'Isocrate, ce grand orateur grec, qu'il se chargeait de l'éducation de l'adolescence; mais avant d'accepter aucun élève, il avait soin de demander s'il avait jamais reçu des leçons'étrangères; si on lui disait non, il se contentait d'une rétribution ordinaire; si on lui disait oui, il exigeait une rétribution deux fois plus forte, une pour amener l'enfant à désapprendre tout ce qu'il savait mal, une autre pour lui apprendre de nouvelles choses. Qu'on juge, par cet exemple, des obstacles que devait présenter la conversion des hommes! Il fal-