CINQUIÈME PARTIE, PREMIERE SECTION, CHAPITRE I
des coquilles, les uns sont couverts de peaux, les autres d'écaillés. Tous sont protégés et cette sorte de vêtement qui ne les quitte jamais, croît avec lage et suit les développements de leurs corps.
Yoilà des considérations rapides et générales sur la structure des corps des animaux, qui fait éclater magnifiquement les ressources de la divine sagesse. Pour rendre cette manifestation plus frappante, entrons dans de plus grands détails et traitons séparément des diverses parties de ces mêmes corps et surtout de celles du corps de l'homme qui diffère si peu des animaux sous ce rapport. Le corps de l'homme, qui renferme tant et de si merveilleux secrets, a été décrit par des médecins et des philosophes célèbres, dans des livres dont l'étendue ne le cédait pasà la science ; et cependant , malgré la longueur de leurs descriptions , ces hommes ne sont pas parvenus à épuiser les merveilles qu'il contient. Il y aurait beaucoup à dire sur cette matière, mais comme nous en avons déjà dit quelque chose dans notre introduction, nous en parlerons ici d'une façon très-sommaire .
Et d'abord il vous est utile de savoir que notre àme , quoique étant une substance simple, a trois facultés principales que les philosophes désignent sous des noms particuliers; ils les appellent âme intellective, âme sensitive, àme végétative. L'âme intellective qui nous est commune avec les anges, nous fait entendre, par les lumières de l'entendement, les choses spirituelles et universelles. L'âme sensitive nous met en relation avec les corps au moyen des cinq sens, c'est-à-dire de l'ouïe, de la vue, etc., et elle nous est commune avec les animaux sans raison qui en sont doués comme nous. L'âme végétative enfin soutient nos corps, elle restaure par la nourriture que nous prenons les forces qui nous sont enlevées par la chaleur naturelle qui est en nous, et elle accroît nos corps jusqu'à une mesure qu'elle ne peut dépasser ; par cette faculté nous nous rapprochons davantage des arbres et des plantes qui puisent dans les sucs de la terre le principe de leur conservation et de leur développement, tout comme nous le puisons nous-mêmes dans la nourriture que nous mangeons.
En considérant plus en détail la science profonde que révèlent les corps animés, la première chose qui frappe, c'est la charpente
magnifique des os de tout le corps, depuis les pieds jusqu'à la tête : ils s'enchâssent admirablement les uns dans les autres, avec tant de mesure et de si justes proportions qu'aucun ouvrier n'aurait été capable de réaliser un si bel ouvrage. Afin de maintenir ces os chacun à la place qui leur appai tient, le Créateur les a enlacés les uus aux autres avec des cordes et des ligaments si fermes qu'il n'est pas possible qu'un de ces os se désunisse sans une grande violence. Et notre admiration augmentera sensiblement lorsque nous saurons que d'un seul côté du corps on compte plus de cent cinquante os, qu'o.; en trouve un égal nombre de l'autre côté, et que de part et d'autre les os se correspondent avec une régularité, une symétrie, une proportion parfaites, sans que la longueur d'une main excède d'un cheveu celle de l'autre main, celle d'un pied ou d'une côte la longueur du pied et de la côte qui sont opposés.
Mais ce n'est pas tout, il a fallu jeter sur ces os le manteau de la chair et du sang, c'est-à-dire transformer, par une sorte d'alchimie naturelle, le pain que nous mangeons eu sang et en chair; or, je le demande, que de connaissances, que de métamorphoses, que d'auxiliaires une pareille œuvre ne réclame-t-elle pas? Le premier qui concourt à cette merveilleuse opération est la bouche où se fait la première digestion ; ses dents de devant sont aiguës et déchirent la nourriture, les molaires au contraire sont plates ■et broient ce qui a été déchiré ; c'est alors que la langue, dans l'intérieur de la bouche, transporte cet'e même nourriture d'un côté et d'un autre pour en rendre la digest'on plus facile.
Les aliments passent ensuite de la bouche dans le gosier, comme dans un canal qui les conduit dans l'estomac où la chaleur naturelle du cœur et du foie, placés près de là, leur fait subir une transformation complète. Quand ils sont pour ain>i dire cuits et digérés, ils passent dans les intestins les plus voisins où prennent naissance un grand nombre de veines fort déliées qui aboutissent au foie et par lesquelles celui-ci attire à lui la partie la plus délicate de la nourriture; ce qu'elle a de plus grossier au contraire, après avoir profité à l'entretien des intestins, sort du corps. Le foie reçoit donc dans ses pores la précieuse liqueur qui, sous lin-