‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 71 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XVI

lait d'abord les arracher aux délices d'une vie sensuelle, malgré la tyrannie d'une longue habitude et les mauvais exemples des dieux ; il fallait ensuite les élever à la perfection de la vie évangélique ! Quelles étaient les mœurs des hommes avant la prédication de l'Evangile? Saint Paul nous l'apprend bien au long dans le premier chapitre de son épitre aux Romains ; le récit qu'il y fait des abominations, des vices et de la corruption qui régnaient parmi les Gentils confond l'intelligence, qui se trouve dépassée par l'énormité de ces désordres. Pour moi, voici une comparaison qui m'aide à comprendre ces horreurs ! Il y a parmi nous un nombre incalculable de chré tiens, ayant la foi, recevant la grâce par les sacrements, croyant au jugement, au paradis, à l'enfer, à un Dieu mort sur la croix pour expier les péchés des hommes et pour les faire disparaître de la terre; il y a, dis-je, un grand nombre de ces chrétiens qui vivent comme s'ils ne croyaient pas à ces mystères et dont la vie déréglée nous arrache des larmes de regret. Si des chrétiens nous donnent ces tristes exemples, que sommes-nous autorisés à penser de ceux qui n'avaient au cœur aucune de leurs convictions, qui n'avaient aucune idée arrêtée sur l'autre vie, et qui croyaient que l'homme n'avait qu'à naître et qu'à mourir? Adorateurs de dieux charnels et adultères, que fallait-il attendre d'eux, sinon qu'ils imitassent ceux qu'ils adoraient? Aussi, en ces temps douloureux, la porte fut ouverte à toutes les dissolutions de la chair ; une licence effrénée, que ne comprimaient pas la crainte et le respect de Dieu, poussait l'homme à toutes les abominations, et lui faisait rechercher tous les plaisirs, toutes les voluptés, tous les désordres imaginables; et le désordre était si grand qu'il atteignait même les philosophes et les sages de la Grèce qui faisaient profession de vertu, ainsi que nous l'apprend saint Jérôme dans son explication du second chapitre d'Isaïe. Ce fut donc une première difficulté à vaincre que d'arracher le monde au misérable état dans lequel il vivait; plongé dans le vice jusqu'aux yeux, il fallait non-seulement lui rendre la liberté, mais encore abroger les lois des ancêtres, ruiner les coutumes et les usages viciés de tant de siècles et sanctionnés par l'exemple de tous les rois et de tous les empereurs de la

terre qui, non-seulement les autorisaient de leurs exemples, mais qui les défendaient encore avec un infatigable acharnement.

Cependant la grâce de l'Evangile triompha. 0 merveille! elle signale sa diffusion par des prodiges! De ces hommes corrompus, elle fait des hommes célestes et divins, semblables aux anges par la pureté immaculée de leur vie ! Et ce miracle, elle l'opère nonseulement dans la Judée, où commença la prédication de l'Evangile, mais aussi parmi toutes les nations de l'univers. On trouve le récit de ce prodige dans toutes les histoires ecclésiastiques.

Des prophéties qui annonçaient le changement et la conversion dn monde.

Cette circonstance de la nature des hommes que la prédication de l'Evangile devait convertir fut annoncée par notre Seigneur, qui, sous des métaphores et des comparaisons, exprimait l'orgueil et par conséquent la résistance qu'ils opposeraient à la bonne parole. Que représentait autre chose ce linceul dans lequel l'apôtre saint Pierre vit des vipères, des serpents et tant d'autres animaux malfaisants et féroces, sinon leur endurcissement? Si ce linceul descendait du ciel, n'était-ce pas pour montrer que Dieu allait sanctifier ces hommes et les élever jusqu'au ciel? C'est conformément à ces idées que les prophètes, dans leurs livres, les comparent quelquefois à des lions et à des tigres, à des ours et à des serpents, ajoutant « que les agneaux, les brebis et les taureaux se joueront avec eux aux mêmes pâturages, » Isa. ].xv, 25; quelquefois «à des autruches, à des dragons, et à d'autres animaux de la campagne, » 75a. lxiiï, 20, qui devaient glorifier le Seigneur par la sainteté et la pureté de leur vie ; d'autres fois, enfin, ils les comparent à des campagnes desséchées, à des terres stériles, à des arbres sauvages qui ne donnent des fruits que pour les animaux. Voici comment Dieu nous explique lui-même ce changement dans le prophète Isaïe : « J'ouvrirai des sources sur le penchant des collines, je ferai jaillir des fontaines au milieu des champs; les déserts deviendront des lacs; une terre aride se couvrira d'eaux abondantes. Je ferai naître dans le désert le cèdre, l'épine, qui est un bois incorruptible, le

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