‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 72 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XVI. H · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XVI. H

myrte et l'olivier, le sapin, l'orme et le buis. » Isa. xli, 18, 19. Par ces comparaisons le Seigneur veut nous faire comprendre les merveilleuses transformations qu'il a opérées dans la gentilité,qui était comme une terre stérile pour la vertu et la sainteté véritables, ou comme un désert rempli de ronces et de genêts, et d'autres arbres sauvages propres seulement à être jetés au feu. Cette terre stérile, sans fraîcheur, sans eaux et sans fruits, il promet de l'arroser par des eaux abondantes ; et par là ne nous enseigne-t-il pas quelle révolution étrange il devait produire dans la manière de vivre de ces hommes barbares et orgueilleux qui allaient donner au monde tant de saints pontifes et de prêtres, tant de docteurs et de moines, tant de confesseurs et de vierges? Mais pour mieux nous faire sentir combien était grande cette entreprise, combien surtout elle était digne de la toute-puissance de Dieu, le Seigneur ajoute ces paroles : « Je veux que frappés de ces merveilles les hommes voient, sachent, comprennent et entendent que la main du Seigneur a opéré ces merveilles, que le saint d'Israël leur a donné naissance. » Ibid. 20. 11 y a là quatre termes dont la signification est à peu près la même, et Dieu ne les a point employés sans dessein : il voulait nous indiquer la grandeur de l'œuvre dont il parlait, et nous témoigner le désir qu'il avait de nous la voir méditer souvent afin que nous le glorifiions de l'avoir faite. Cependant quelque admirable que puisse être ce changement de vie et cette complète transformation des cœurs, elle n'est rien auprès de l'étonnement que j'éprouve en présence de la suite de l'entreprise. Et qui pourrait, sans un enthousiasme profond, voir ce que devinrent ces convertis sous la main toutepuissante de Dieu, et combien leur nouvelle vie fut supérieure à la première ? N'est-il pas vrai qu'il y a une grande gloire à un artiste de faire d'une vile matière une œuvre excellente et parfaite ?

Des fruits admirables de sainteté que les hommes ont produits après leur conversion.

Toutes ces prophéties et une foule d'autres qu'il est impossible de rapporter ici nous déclarent le changement de vie que la

venue du Sauveur devait opérer dans le monde. Mais les prophètes n'ont pas été seuls à la prédire. Les sibylles, et la sibylle de Cumes en particulier, ont annoncé cette réforme, ainsi que nous le verrons plus loin. On sait, en effet, que cette dernière promettait que lorsque cet homme nouveau serait venu du ciel sur la terre, une race d'or devait paraître dans le monde, voulant marquer par cette métaphore le prix et la splendeur de la vie de cette nouvelle race.

Combien fut grande cette réforme, combien furent nombreux les saints qui sortirent de la gentilité, comparée, à cause de ses mœurs et de ses usages, à une réunion d'animaux fércces, de dragons et de serpents, les langues des anges eux-mêmes seraient dans l'impossibilité de l'exprimer. C'est pourquoi, à cause de l'impuissance de nos efforts, j'userai d'un moyen plus simple et plus facile : que le lecteur pieux consulte quelques-uns des Martyrologes, qui sont des résumés de vies de saints, et notamment celui qui se publie maintenant par ordre de Grégoire XIII et qui contient trois cent soixante-six chapitres ou kalendes, un pour chaque jour de l'année ; en présence de tant de saints et de saintes de tout âge et de toute condition, hommes, femmes, jeunes gens, vieillards, enfants, vierges, personnes mariées, grands et puissants, il ne pourra contenir son admiration et son étonnement. La reine de Saba « fut ravie hors d'elle-même en voyant les magnificences du palais de Salomon. » III Reg. x, 5. Le même sentiment gagne l'homme qui contemple les richesses de la demeure du véritable Salomon, c'est-à-dire du Christ. Que dis-je? les transports qu'il éprouve sont d'une nature d'autant plus excellente que le Christ est supérieur à Salomon, et que les richesses spirituelles, qui durent toujours, sont au-dessus des biens temporels qui finissent avec la vie.

Quel magnifique spectacle en effet ne découvrira-t-il pas? A ses yeux se lèvera une armée de martyrs innombrables, hommes, femmes, vierges délicates, peuples nombreux qui ont souffert avec une force et une constance incomparables, des tourments inouïs, afin de conserver la foi et de ne point trahir la fidélité qu'ils devaient à leur Créateur. Parmi ces martyrs, un grand

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