‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 73 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION 11, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION 11, CHAPITRE XVI

nombre s'offraient volontairement à la mort, désireux de verser leur sang pour celui qui avait répandu tout le sien pour eux. Ils mouraient en foule ; on les massacrait par centaines ; on compte dans un même carnage trois cents, quatre cents, mille, quatre mille, six mille, quinze, seize, vingt et trente mille victimes, et quelquefois des peuples et des cités entières, comme on peut le voir en lisant le Martyrologe dont nous avons fait mention. Le nombre des martyrs n'y est pas exactement déterminé, mais on y dit qu'ils furent innombrables. Par là on peut juger de la vertu et de l'efficacité du sang de cet Agneau qui communique sa grâce d'une manière si magnifique à tant de saintes âmes, afin de leur donner la force de faire un acte héroïque, c'est-à-dire de souffrir le martyre pour la gloire de Dieu. De nos jours, lorsque nous apprenons qu'un chrétien a souffert pour la foi en Afrique, en Turquie ou en Angleterre, nous admirons son courage, nous sommes dans l'allégresse, nous rendons grâce à Dieu d'un si étonnant prodige. Aux temps dont nous parlons c'était chose si commune de mettre les chrétiens à mort, qu'on ne s'étonnait plus de leur héroïsme, tant il était ordinaire. L'Ecriture, en parlant de Salomon, nous dit « qu'il avait rendu l'argent aussi commun que les pierres, et qu'il en avait tellement multiplié l'usage qu'il était devenu de vil prix. » III Beg. x, 21, 27. C'est assurément une grande merveille, mais qu'est-elle auprès de celle dont l'Eglise nous donne le spectacle ? Qu'il est en effet plus surprenant qu'il y ait eu dans l'Eglise, par l'efficacité de la grâce de notre nouveau Salomon, un si grand nombre de martyrs, que les chrétiens des premiers siècles étaient moins étonnés de voir le sang de leurs frères couler incessamment sous leurs yeux que nous ne le sommes quand nous apprenons de nos jours la mort de quelque nouveau martyr! Que si le martyre est une chose si glorieuse, ainsi que nous aurons occasion de le dire plus loin, quelles ne seront pas les richesses spirituelles de notre Salomon, qui a pu faire surgir dans le monde tant de héros capables de le supporter sans faiblir !

Des confesseurs dont la sainteté a réjoui l'Eglise.

Après les martyrs il faut nommer une autre légion d'hommes apostoliques, c'est-à-dire de saints docteurs, de prédicateurs de l'Evangile, et de vigilants pontifes dont la plupart ont eu une mort sanglante. Successeurs des apôtres, ils furent les imitateurs de leur foi , de leur constance , de leur charité , de leur zèle pour le salut des âmes, du soin avec lequel ils instruisaient leur troupeau par leurs enseignements et leurs exemples. Ainsi fut accomplie la promesse faite par Dieu dans Jérémie : «Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur, et ils vous nourriront de science et de sagesse. » Jerem. m, 45. Quand les loups ou d'autres animaux faisaient courir des dangers au troupeau, ces pasteurs fidèles ne prenaient pas la fuite comme des mercenaires, mais, à l'exemple de Jésus-Christ, le bon pasteur, ils réunissaient leurs brebis, se mettaient à leur tête, affrontaient les premiers le danger afin d'exciter leur courage par leur propre exemple. Après cela, et en présence de si fidèles pasteurs, comment s'étonner encore de la sainteté et du courage des fidèles?

Les diacres et les prêtres marchaient sur les traces des pontifes dont ils étaient les fidèles ministres et les vaillants coadjuteurs. Heureux temps qui ont créé le proverbe, « qu'alors les calices étaient de terre, mais que les prêtres étaient d'or, tandis qu'aujourd'hui les calices sont d'or et les prêtres de terre! » Sans doute que cet adage atteint seulement ceux qui sont indignes du ministère qu'ils remplissent.

Passons des saints pontifes et des hommes apostoliques aux moines d'Egypte. On en trouvait qui avaient embrassé la vie de communauté; il en était d'autres qui vivaient dans la solitude. loin du monde et de la compagnie des mortels, sans aucune, espèce de consolation humaine; ils se nourrissaient de racines, ils s'occupaient jour et nuit à la contemplation des choses célestes, et ils trouvaient tant de joies et tant de délices à celte occupation

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