CINQUIÈME PARTIE, SECTION H, CHAPITRE XVI
sainte, qu'ils pouvaient souffrir joyeusement les supplices 'de leur pauvreté extrême, de leur abstinence et de leur solitude.
La vie de ces saints personnages nous a été laissée par de saints Docteurs contemporains : Saint Jérôme, saint Augustin, saint Basile, saint Chrysostome, Cassien, saint Climaque, Eusèbe de Césarée et l'auteur de l'histoire tripartite nous en ont tous fait une longue description. Après eux vint Pallas, évêque de Cappadoce et contemporain de saint Jérôme, qui entreprit avec six de ses compagnons le voyage d'Egypte tout exprès pour visiter les saints religieux qui vivaient dans ce pays. Ils partirent nu-pieds, sans monture, et s'en allèrent jouir d'un grand spectacle dont ils étaient jaloux. Deux d'entre eux nous ont laissé le récit des merveilles qu'ils virent ; il nous apprennent donc qu'ils trouvèrent des milliers de moines vivant sous l'obéissance la plus rigoureuse, dans des monastères composés de trois mille et quelquefois de cinq mille religieux; que ces religieux, après avoir foulé aux pieds toutes les joies et tous les plaisirs du monde, et mis en Dieu seul leur désir et leur pensée, ressemblaient à des esprits célestes, s'occupant toujours à aimer et à louer Dieu, ayant leurs corps sur la terre, mais leurs désirs clans les cieux et vivant dans la chair comme de purs esprits ; quel spectacle en effet que celui qui s'offrait à eux ! c'était chez ces religieux une prière continuelle qui ne cessait ni le jour ni la nuit, des esprits transportés en Dieu sur les ailes puissantes de la contemplation, des abstinences dont la durée allait quelquefois jusqu'à des semaines entières et pendant lesquelles ces hommes mortifiés ne prenaient aucune nourriture, consolés et soutenus qu'ils étaient par l'abondance des consolations divines qui rejaillissaient de leurs âmes sur leurs corps.
Ces pèlerins , entre autres choses , rapportent un fait digne d'éternelle mémoire. A Oxirinem, où ils abordèrent, cité voisine de Thèbes, ils furent frappés de la sainteté des habitants, qu'ils rencontraient priant sur les places publiques aussi bien que dans les temples. Et comme en visitant le bienheureux et saint patron de ce troupeau, ils s'enquéraient du fait qui les avait frappés , ils apprirent de lui qu'il y avait en ces lieux dix mille moines et
vingt mille vierges. Qui ne serait profondément étonné d'une telle merveille? Qui ne découvre ici l'efficacité de la rédemption, la puissance du sang du Christ et l'excellence de son Evangile, puisque c'est à la prédication de la foi qu'on doit cette admirable sainteté et ce changement de vie, qui sont surtout remarquables chez des peuples ensevelis dans la fange de tous les vices? Est-ce que jamais, depuis que le monde est monde, on avait vu une telle merveille, une si grande sainteté et une si belle pureté de vie?
Des vierges délicates qui ont embrassé la croix et le3 doctrines de l'Evangile.
Mais, chose plus admirable encore : non-seulement des hommes robustes et forts, mais encore de nobles et fragiles vierges embrassèrent les rigueurs" de cette dure vie. Saint Chrysostome, qui voyait fleurir de son temps ces plantes virginales, nous en a parlé en témoin oculaire, et le lecteur chrétien comprendra par ce qu'il en dit, non-seulement l'excellence de la religion, mais encore la force de l'amour de Jésus-Christ quand il prend possession d'une àme. Voici donc comment ce grand Docteur s'exprime sur ce sujet. « On a vu des jeunes filles dans l'âge le plus tendre, habituées à s'asseoir tous les jours sur de riches tapis, ou à se coucher sur des lits moelleux, soit que leur complexion fût délicate, soit surtout que leur vie tout occupée à rechercher le plaisir leur eût fait ces coutumes, on a vu, dis-je, ces jeunes vierges dont tout le soin consistait à se parer ou à se couvrir de vêtements aussi délicats que leurs propres corps, à porter à leurs cou des joyaux et des colliers d'or, à se faire suivre d'une troupe de servantes et à s'envelopper de parfums et de baumes précieux, touchées tout-à-coup du feu sacré de l'amour de Jésus- Christ, dire adieu à ces délicatesses et à ces plaisirs, et oubliant leur âge et les délices de la vie passée, embrasser de tout cœur la pauvreté et les rigueurs de la croix de Jésus-Christ. Vous regarderez peut-être comme incroyables les choses que je vais vous dire; elles sont néanmoins toutes exactes et vraies. Je sais d'une manière certaine que la plupart de ces vierges, qui trai-