‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 76 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XVI

secret des consciences et qui dirigent des personnes adonnées au Seigneur, savent à combien d'âmes cette faveur est accordée !

Exemples particuliers qui confirment ce qui précède.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que d'une manière générale ; entrons maintenant dans quelques détails et citons, parmi tant d'autres, quelques exemples qui appuient ce que nous avons dit ; choisissons pour héros des personnages illustres, qui rendent plus saisissante l'efficacité de la grâce et de l'humiUté, efficacité dont on est plus frappé dans les positions élevées, puisque, d'après saint Bernard, « vivre dans un état supérieur sans avoir l'orgueil dans le cœur, ce n'est pas le résultat de la nature, mais plutôt celui de la grâce. » Super missus est, Hom. iv. Souvenonsnous donc et d'abord de saint Louis, roi de France, qui oubliait l'excellence de sa condition pour se retirer dans un endroit secret où il lavait de ses mains royales les pieds des pauvres, qu'il embrassait ensuite avec la plus grande humilité et le plus grand respect, à l'exemple de Jésus-Christ. Après cela, trouverons-nous étonnant qu'une impératrice célèbre, la femme du grand Théodose, aimât à visiter les pauvres malades dans les hôpitaux et dans leurs maisons, afin de les servir elle-même comme si elle eût été leur propre domestique? Qu'il est beau de voir sainte Elisabeth, fille du roi de Hongrie, marcher sur ses traces et soigner de ses mains délicates les plaies les plus hideuses et les membres rebutants des lépreux ! Que dire de la conversion d'un de nos consuls à Rome, Gallicanus, et des œuvres auxquelles cet auguste personnage consacra sa vie après sa conversion? La nouvelle de cette conversion s'était tellement répandue dans le monde, qu'Usuard dans son Martyrologe nous apprend qu'on accourait de toutes les parties de l'Orient et de l'Occident pour voir un homme d'une condition si élevée laver les pieds des pauvres, les servir à table, leur verser de l'eau pour se purifier les mains, servir les malades avec un amour empressé, exercer enfin tous les offices de cette sainte servitude du Christ.

Que dire de la continence de saint Edouard, roi d'Angleterre,

et de la reine son épouse? Les grands du royaume, désireux de voir la succession de la couronne assurée, obligèrent ce monarque à se marier et lui cherchèrent, dans ce but, une jeune fille dont la noblesse ne le cédât pas à la vertu, et tout-à-fait digne de devenir sa compagne. Le mariage est arrêté; mais les futurs éjpoux s'engagent à conserver toujours leur virginité, prenant en secret Dieu à témoin de leur résolution, ou plutôt de leur serment. La jeune vierge devient épouse par l'esprit, mais non par la chair; l'auguste roi s'unit, non pas au corps, mais à L'âme de son épouse ; ils ont du mariage l'amour sans en connaître les œuvres; et l'union la plus pure persévère dans ces âmes dont la virginale pureté n'est ni altérée ni ternie. Qui ne voit ici l'inestimable efficacité de la grâce? Saint Bernard regardait comme un plus grand miracle de converser familièrement avec des femmes qui ont tous les charmes de la jeunesse et de ne pas tomber, que de ressusciter les morts, Sup. Cant. scrm. lxv; mais ici que le miracle est plus grand et la merveille plus étonnante ! Ces deux époux, en effet, n'ont plus à résister une année, deux années, mais toute leur vie aux dangers de leur mutuelle compagnie, et cependant ils mangent à la même table, ils s'aiment d'un amour intime, car rien n'est plus aimable que la vertu et l'honnêteté, et jamais la fleur de leur virginale pureté n'a diminué d'éclat! Mais aussi le Seigneur, qui avait donné à ce saint roi cette haute vertu, ne voulut pas la laisser sans témoignage. Trente-six ans après sa mort glorieuse, on ouvrit son tombeau et on trouva son corps aussi entier et aussi bien conservé qu'au jour de sa sépulture; ses vêtements n'avaient pas subi la moindre altération. C'est ainsi que Dieu honore les amis de la chasteté.

Citons encore un trait également admirable de la vie de ce saint roi. Un pauvre en haillons et tout couvert de plaies rebutantes, lui ayant dit un jour que l'apôtre saint Pierre lui commandait de le prendre sur ses épaules et de le porter depuis le palais royal jusqu'à l'église du même apôtre, le roi, sans autre examen ni sans autre contrôle, se charge en effet de ce fardeau sacré, et sans prendre garde au sang et au pus qui coulaient sur

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