CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XVI
tu ressuscites les morts, tu soutiens les vivants, tu fortifies les faibles, tu guéris les malades, tu- réjouis les justes et tu leur donnes l'avant-goùt de l'éternelle vie!
C'est ainsi que le chrétien se confirme dans la foi au mystère de la passion et de l'incarnation du Fils de Dieu ; c'est ainsi qu'il résiste à tous les pièges des infidèles et à toutes les séductions de l'hérésie. Rien n'ébranle plus sa foi qui repose sur la nature de la bonté divine. Il n'est pas douteux que la plus glorieuse des perfections divines, au moins d'après notre manière de juger, est la bonté ; c'est par elle que Dieu veut être connu et loué comme il le dit souvent lui-même. Nous savons aussi que le premier besoin de cette bonté souveraine est d'aimer à se communiquer elle-même et à communiquer ses biens, et dès lors à rendre les hommes participants de sa bonté et de sa sainteté. Pour mieux comprendre ceci, il convient de se souvenir de cette admirable vision dans laquelle le prophète Isaïe « aperçut le Seigneur assis sur un trône élevé, ayant à ses. côtés deux séraphins qui, se regardant l'un l'autre, criaient à haute voix : Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées, » ha. m, 2-3; chant sacré, qui, selon le témoignage de l'Eglise, retentira à jamais dans les profondeurs du ciel! Est-ce que cela ne nous apprend pas en quelle haute estime Dieu a ce titre glorieux de saint, puisqu'il veut en faire l'objet de son éternelle louange? Et s'il en est ainsi, peut-on rien affirmer de plus glorieux pour cette souveraine bonté et de plus digne d'elle, que de lui attribuer une chose qui a produit dans le monde, ainsi que nous venons de le voir, tant de bonté et de sainteté? Si les œuvres de la grâce sont plus glorieuses pour Dieu et plus dignes de lui que les œuvres de la nature, combien il lui appartenait davantage de sanctifier l'homme que de le créer? Si l'œuvre la plus digne de Dieu est celle qui est plus magnifique envers les hommes, ou qui leur est plus utile, ne valait-il pas mieux pour lui les sauver que les créer, leur donner les biens de la grâce que ceux de la nature, créer en eux l'être divin que l'être humain, les rendre enfants de Dieu que les laisser fils des hommes, leur donner d'être bons et heureux que leur donner simplement l'être! Si donc la création du monde nous semble
glorieuse pour Dieu et bien digne de lui, estimons plus glorieuse encore et plus digne de sa bonté, la rédemption et la sanctification de l'univers, qui furent l'œuvre de sa sainte passion par laquelle tous les élus furent sauvés.
Que les choses soient ainsi, c'est une vérité incontestable. Avant que notre Seigneur vînt au monde, il ne se trouvait dans l'univers qu'un seul peuple fidèle, encore même ce peuple était- il tellement porté à l'idolâtrie que ni les menaces des prophètes, ni les châtiments de Dieu ne pouvaient le toucher et le ramener de ses mauvaises voies. Mais après qu'il fut descendu du ciel sur la terre et qu'il fut mort sur la croix, on vit comment la vertu et la sainteté se répandirent dans toutes les parties du monde et combien abondamment la grâce de l'Esprit- Saint et ses dons se communiquaient aux fidèles, puisqu'il suffisait aux apôtres de lever leurs mains sur les hommes pour que le Saint- Esprit leur fût donné avec ses grâces et ses dons ! Cette générosité sans exemple nous autorise à dire qu'il y eut en ce temps-là, comme un déluge de grâces envoyées au monde par Dieu dans le dessein de fonder son Eglise. De même qu'autrefois les sources du ciel s'ouvrirent et qu'il tomba sur la terre une pluie désastreuse qui suffit pour faire périr l'univers ; de môme aussi, les mérites du sang précieux de Jésus-Christ ouvrirent les trésors de la grâce céleste; une grande pluie de grâces tomba sur la terre, mais cette fois ce ne fut plus pour la submerger mais bien pour la sanctifier et l'unir à Jésus-Christ. « De cette manière, dit saint Chrysostome, Dieu conversait avec les hommes sur la terre et les hommes s'élevaient aux choses du ciel. Il s'ensuivait une fusion et une communication ineffable entre les choses divines et les choses humaines; les anges communiquaient avec les hommes, les hommes s'élevaient jusqu'aux chœurs des anges; les anciennes inimitiés avaient cessé ; Dieu était apaisé et réconcilié avec les hommes, le démon était confondu, la mort vaincue, le ciel ouvert, la malédiction révoquée, le péché pardonné, l'erreur découverte, la vérité rétablie, la foi prèchée et accrue dans tout l'univers. 11 y eut sur la terre une conversation céleste, car les vertus d'en haut y conversaient familièrement avec les