‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 79 sur 383 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Seizième excellence de notre foi : les témoignages des saints

docteurs.

L'homme étant essentiellement une créature raisonnable, croit facilement tout ce qui se découvre par la raison, tandis qu'il éprouve une difficulté souveraine à croire ce qui la dépasse. C'est pourquoi il y a eu dans le monde un nombre incalculable d'hérésies, c'est pourquoi surtout, le méchant Arius trouva de nombreux adhérents de sa doctrine impie, tant il est difficile à la raison humaine de s'élever au-dessus d'elle-même et de croire ce qu'elle ne comprend pas. Qu'ont donc fait et la souveraine bonté de notre Créateur et sa providence divine? Comme la première ne désire rien tant que le salut des hommes, et comme la seconde pourvoit parfaitement aux nécessités de ses créatures et surtout à tous les besoins des hommes, la plus parfaite d'entre elles et celle pour laquelle toutes ont été créées ; comme d'ailleurs la foi sans laquelle l'homme ne peut ni honorer dignement son Créateur ni se sauver, est la première de ses nécessités, il a été donné à l'homme des raisons et des preuves qui l'inclinent à croire les mystères de la foi, encore qu'ils dépassent toute raison humaine.

En dehors des témoignages de notre foi que nous avons rapportés jusqu'ici, on en compte cinq autres très-graves et trèssérieux qui la confirment d'une manière admirable ; le premier est le témoignage des saints docteurs, le second celui des sibylles, le troisième celui des martyrs, le quatrième celui des miracles, le cinquième enfin, le plus irrécusable de tous, est celui de l'entier accomplissement des prophéties. Ces témoignages et ces témoins si accrédités, la divine providence a voulu les donner à la foi afin que l'incrédulité la plus obstinée se trouvât confondue et avouât

sa défaite devant un ensemble de preuves si magnifique et si frappant.

Nous traiterons sommairement de ces cinq témoignages, renvoyant le lecteur chrétien aux endroits de notre ouvrage où nous en avons parlé plus au long. Le premier de ces témoignages est celui des saints docteurs, qui forment autour de l'Eglise catholique comme une muraille inexpugnable. Ces docteurs furent tous des hommes d'un génie singulier, et la plupart, d'une grande sainteté. Il y en eut qui se firent un nom dans l'étude de la philosophie et de tous les arts libéraux, comme saint Thomas, saint Bonaventure, Albert le Grand, Alexandre de Halès, Scot et tant d'autres qui ont paru depuis ; mais il y en eut aussi qui brillèrent d'un grand éclat dans les voies de l'éloquence; tels furent saint Basile et ses deux contemporains, Grégoire le Théologien et saint Jean Chrysostome, Théodoret et Damascène parmi les Grecs ; et parmi les Latins, saint Jérôme, saint Cyprien, saint Ambroise, Boëce qui fut consommé dans tous les genres de science, saint Augustin surtout qui avoue de lui-même, au quatrième livre de ses Confessions, qu'il avait appris seul et sans maître, par la force et la vivacité de son esprit, toutes les sciences, la philosophie aussi bien que l'éloquence ; tant d'autres docteurs enfin dont saint Jérôme et bien d'autres après lui ont fait des catalogues, en déclarant et leurs noms et les ouvrages qu'ils ont écrits. Hommes très-instruits, remplis d'ailleurs d'intelligence, et souvent très- saints, plus ils étaient purs, plus aussi ils étaient habiles à connaître les choses divines et spirituelles et propres à comprendre les inspirations du Seigneur qui est l'âme des bons cl le maître des humbles auxquels il communique ses secrets. Ils étudiaienl d'abord avec ardeur les sciences humaines, mais ces préliminaires posés, ils passaient leur vit1 à l'étude de la théologie et des mystères de notre foi; ils appuyaient cette dernière science de preuves solides, la défendaient contre les erreurs des hérésies, en faisaient ressortir la dignité et l'excellence. Ils reconnaissaient la vérité des mystères de la sainte Trinité et du saint sacrement de l'Autel, du mystère ineffable de l'Incarnation et de la Passion du Fils de Dieu, que non-seulement ils ne regar-

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