CINQUIÈME PARTIE, SKCTION II, CHAPITRE XIX
seront si grandes que s'il pouvait s'y mêler quelques regrets ce serait de n'avoir pas souffert davantage pour un Dieu dont les récompenses sont si magnifiques.
D'ailleurs Dieu voulait encore orner cette cité céleste, « toute formée de pierres vivantes, » I Petr. u, 5, par la beauté et l'excellence de ces glorieux chevaliers. « Il y a au firmament des étoiles plus brillantes les unes que les autres, » I Cor. xv, 41, de même Dieu a voulu embellir sa royale demeure par la beauté des martyrs qui portent au front une couronne magnifique de gloire qui les distingue et les sépare des saints dont la carrière s'est terminée paisiblement. Quand on construit un palais, on met dans les murailles des pierres unies, tandis qu'on place aux parties plus saillantes de l'édifice, ou plus exposées à la vue, des pierres ciselées avec un art parfait ; dans la structure de cette demeure et de ce palais céleste, les martyrs sont les pierres précieuses sculptées et travaillées de la main de leurs bourreaux par toutes les plaies et tous les tourments qu'ils ont souffert, et leur place au ciel est d'autant plus belle qu'ils ont été plus éprouvés et plus torturés ici-bas.
Mais si les supplices des martyrs sont la gloire de l'Eglise triomphante, ils sont aussi la consolation et le soutien de l'Eglise militante, c'est-à-dire la force des bons et la confusion des méchants. Rien n'est propre à encourager les bons au milieu de leurs épreuves et de leurs mortifications comme l'exemple des martyrs. « Pensons aux travaux de ceux qui nous ont précédés, dit saint Grégoire, et nos ennuis nous paraîtront légers. » Lib. XXIV, Moral, c. x. Mais ce qui fait la joie des bons devient aussi la confusion des méchants; et quelle excuse pourront-ils donner de leur mauvaise vie au jour du jugement, lorsqu'ils verront sur les corps des martyrs les traces glorieuses des tourments par lesquels ces hommes ont acheté le royaume du ciel, tandis qu'euxmêmes n'auront pas seulement cherché à le conquérir par la pratique exacte des commandements de Dieu.
En résumé, Dieu a voulu se servir des martyrs pour fonder son Eglise et pour confirmer sa foi par le témoignage et l'exemple de ces héros innombrables qui sont morts pour la soutenir.
De tout ce qui précède, on peut comprendre quelle gloire infinie l'Eglise du ciel et l'Eglise de la terre ont tiré de ces supplices. Mais la plus grande gloire a rejailli sur Dieu et sur son Fils unique notre Sauveur, et ce fut la cause principale du sacrifice des martyrs. Comme nous l'avons dit, en effet, en mourant les martyrs rendaient témoignage à la gloire de leur Créateur, c'était la fin qu'ils se proposaient, c'est aussi celle que Dieu se propose dans toutes ses œuvres.
Comment Dieu reconnaît par ses faveurs la gloire qu'il a renie des souffrances
des martyrs.
Combien la foi et la fidélité de ses serviteurs était agréable à ce souverain Seigneur ! il s'est plu souvent à le manifester par les faveurs particulières qu'il leur accordait au temps même de leur martyre. Que de miracles il a opérés en leur faveur! Il calmait la fureur des animaux féroces, il éteignait l'ardeur des flammes, il soulageait leurs plaies, il illuminait leurs cachots, il déliait leurs chaînes, il les nourrissait de la main des anges, il les encourageait à souffrir, il apaisait leurs douleurs; enfin, en demeurant en eux, il agissait et triomphait à leur place! Quel encouragement pour saint Etienne de voir, tandis qu'on le lapidait, « les cieux ouverts et le Fils de Dieu assis à la droite du Père ! » Act. vu, 55. Quelle consolation pour saint Laurent d'entendre une voix s'écrier dans le ciel : « Tes luttes vont finir, et le triomphe arrive ! » Comment faire connaître le soin que Dieu prenait d'honorer ces corps, mis en lambeaux pour son amour? Non content de fortifier l'âme, il pourvoyait à ce que les corps eussent une glorieuse sépulture. Le corps de sainte Catherine, martyr, fut enlevé et enseveli par les anges sur le mont Sinaï, où Dieu avait donné la loi. Le corps de saint Denys, après avoir été décapité, prit sa propre tête entre ses bras et la porta jusqu'à l'endroit où il repose encore ; les anges assistaient à ses funérailles et les entouraient de tout l'éclat des cieux ; ils chantaient : « Gloire à vous, Seigneur, » et répétaient mille fois : « Alléluia, alléluia. » Dieu révéla, après trente-cinq ans, à saint Ambroise, l'endroit où reposaient les