‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 90 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XIX

et de l'enfer, l'Eglise fut fondée, l'idolâtrie fut détruite, le Christ triompha du monde et de tous ses monarques, de telle sorte que ceux qui persécutaient les chrétiens par amour pour leur idoles, en vinrent à persécuter et à détruire les idoles pour l'amour de Jésus-Christ. .

Ces explications étant données afin que les faibles se fortifient à la vue de tous les tourments dont nous venons de parler, commençons à nous entretenir de ce témoignage de notre foi. Son autorité sera d'autant plus forte que le nombre des martyrs fut plus considérable, les tourments qu'ils endurèrent plus cruels, leur constance et leur joie plus inaltérables. Traitons donc de chacun de ces points en particulier, en empruntant tous les détails au Martyrologe d'Usuard, le plus universellement accepté dans l'Eglise.

De la multitude des martyrs; de la grandeur de leurs tourments; de leur constance inaltérable.

Combien fut considérable le nombre des saints martyrs; c'est une chose qu'on peut comprendre par le temps que durèrent les persécutions qui furent continuées pendant trois siècles, et par la multitude de ceux qu'on égorgeait ensemble. Les tyrans ayant eu soin de faire brûler les livres sacrés, les tables et les mémoires des martyrs, on ne sait pas de beaucoup d'entre eux ce qu'ils ont souffert ; néanmoins, ce que nous en savons par les Martyrologes nous prouve qu'ils furent si nombreux , qu'on peut difficilement le faire comprendre en peu de mots. C'était peu de chose pour les persécuteurs d'immoler à la fois deux, quatre et six cents victimes; ils en égorgèrent quelquefois deux et trois mille, et souvent bien davantage. En Afrique, sous Hunéric, roi des Goths, quatre mille neuf cent quatre-vingt-seize chrétiens, prêtres, évèques, diacres ou laïques furent pris et conquirent ensemble, au sein des plus affreux tourments, la couronne du martyre. En Egypte, dans l'espace de trois jours et pendant le même mois, furent martyrisés les deux frères Marc et Marcellin , avec un grand nombre d'autres fidèles de tout sexe et de tout âge; les

uns furent cruellement battus de verges; d'autres, après d'affreux tourments, furent jetés à la mer; il y en eut qui eurent la tête tranchée; ceux-ci moururent de faim; ceux-là furent crucifiés la tète en bas et les pieds en haut. Je ne fais ici mention ni de plus de six mille soldats mis à mort pour la foi avec leur capitaine Maurice; ni des dix mille martyrs crucifiés sur le mont Ararat, sous les empereurs Adrien et Antonin, ni de onze mille vierges égorgées par les Huns, peuple barbare et féroce : l'Eglise célèbre des fêtes en l'honneur de tous ces martyrs. Disons cependant qu'en Phrygie, une ville tout entière fut égorgée ; hommes, femmes, enfants ou vieillards, tous furent passés au fil de l'épée, tant était furieuse la rage de l'infernal dragon, tant était vif son désir de baigner toute la terre du sang chrétien. 11 y eut même un temps où la persécution fut si violente, que dans l'espace d'un mois, dix-sept mille chrétiens furent mis à mort au milieu des supplices les plus variés, comme on le voit dans les histoires ecclésiastiques.

Au vingt-huit février, il est rapporté que, par ordre de Maximien, vingt mille chrétiens livrés au supplice souffrirent la mort avec une indéfectible constance. Au deux du même mois, il est parlé de trente mille autres martyrisés à Jérusalem, sous Codrus, roi des Perses, celui-là même qui découvrit le bois sacré de la croix, et au pouvoir duquel l'empereur Héraclius l'enleva quelque temps après. Mais, le plus souvent, comment savoir à combien s'élève le nombre de ceux qui ont souffert, dans les divers états, évêques, prêtres, clercs et laïques, hommes et femmes? Ce secret n'appartient qu'au Seigneur qui les avait prédestinés dès l'éternité, et qui leur préparait la couronne. Quoi qu'il en soit, les martyrs étaient très-nombreux, et saint Jérôme a pu dire . au moins, d'après ce qu'on lui attribue communément , que si l'Eglise voulait faire la fête de tous les martyrs, elle en aurait, plus de cinq mille à honorer chaque jour. On le voit donc, c'est pour notre foi un témoignage magnifique qu'élit' ait été scellée par le sang d'innombrables martyrs. Comme la lutte était dure et perfide, Dieu, ce monarque suprême, donna à ses fidèles, dans la personne de saints évêques et de saints prêtres, de vaillants

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