CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XX
faire offrir de l'encens aux idoles ; ni les menaces, ni la crainte des tourments ne purent ébranler leur constance, et ils se montrèrent inébranlables dans le service de Dieu. Alors on les frappa à coups de fouet, on les étendit sur les chevalets, et on les brûla avec des lames de fer. Malgré la rigueur inouïe des supplices, tous ces martyrs, parents et enfants, chantaient d'une même voix la gloire de Dieu. On leur coupa les mains, on les leur suspendit au cou, et on les promena dans cet état longtemps dans les rues de la ville jusqu'à ce qu'on leur tranchât la tête.
Ananias souffrit aussi un martyre non moins glorieux; d'abord idolâtre, puis chrétien, il confessait sans dissimulation le nom et la gloire du Christ, lorsqu'il fut cruellement fouetté par ordre de Dioclétien, qui fit ensuite déchirer son corps avec des pointes de fer embrasées afin que le fer et le feu, unis ensemble, augmentassent ses douleurs. Sur ces entrefaites le président ordonna de frotter les plaies du martyr avec du sel et du vinaigre, puis il le renvoya en prison, et voulut ajouter aux souffrances que lui causaient ses blessures, celles de la faim la plus pressante. Pendant sept jours on laissa Ananias dans son cachot sans lui porter aucune nourriture; mais le Ciel ne l'oubliait pas, Dieu lui envoyait des aliments miraculeux. Le geôlier de la prison, touché de ces merveilles, se convertit à la foi. L'irritation du juge s'accroît; il fait étendre Ananias et son geôlier sur un gril, afin de les faire mourir par les flammes. Mais, comme ni l'un ni l'autre n'éprouvaient aucun mal sur cet ardent brasier, les sept bourreaux préposés au supplice, étonnés du miracle dont ils sont témoins, se convertissent au Christ, et sont jetés dans la mer avec leurs victimes. On trouve le récit de ce martyre au vingt-sept janvier.
Le martyre de Triphon n'est pas moins admirable. Par ordre de Dèce, il fut d'abord torturé sur le chevalet où son corps fut déchiré avec des crocs de fer, puis il fut suspendu à une poutre la tête en bas, et ses pieds percés par des clous embrasés. Cependant la rage des bourreaux inassouvie inventa de nouveaux supplices : on frappa le corps du martyr mis en pièces à coups redoublés, et on appliqua sur ses chairs des fers brûlants. Le saint demeurait invincible au milieu de ses tourments, et son courage
ne faiblissait jamais. Aussi le tribun Respinus, frappé de sa constance et jugeant, en homme sage, qu'il n'était pas possible qu'un corps humain s'exposât volontairement, pour ne pas brûler un grain d'encens devant les idoles, à des tortures si affreuses, s'il n'était soutenu par Dieu, se convertit à Jésus-Christ avec une sincérité qui le conduisit à son tour au martyre. Cependant les tyrans estimant que le martyr, ébranlé par les supplices, serait devenu plus traitable qu'auparavant, donnèrent ordre de le conduire au temple pour lui faire adorer Jupiter. Le martyr se mit en prières et l'idole fut renversée. A. la vue du prodige, une vierge, nommée Nympha, confessa la foi de Jésus-Christ, et partagea avec les deux saints martyrs la gloire de mourir pour lui. Ils furent donc tous les trois brisés sous des fouets garnis de plomb, et achevèrent glorieusement leur vie au sein des supplices. L'histoire de ce martyre est rapportée au dix de novembre.
La force et la constance de ces martyrs sont dignes d'une éternelle admiration, et aussi la faveur et le secours de la grâce divine qui les soutenait dans leurs horribles souffrances. Cependant, malgré les tourments épouvantables auxquels tous ces saints furent livrés, il semble que le martyre de saint Eustache, raconté par Nicéphore et placé dans les kalendes au dix-neuf de septembre, ait été encore plus affreux. Ce saint était marié, et avait une épouse et des enfants ; l'empereur Trajan les ayant tous fait saisir, lui, sa femme et ses fils, les fit enfermer dans un bœuf d'airain sous lequel il avait allumé un grand feu. Que le pieux lecteur considère, en dehors des souffrances que chacun de ces martyrs devait endurer, la douleur du père, qui voyait les tortures auxquelles sa femme et ses enfants étaient en proie, et l'affliction des enfants qui voyaient souffrir leur père. Je laisse à sa piété et à sa dévotion de se faire l'idée des déchirements de ces cœurs. 0 amour, ô crainte de Dieu que vous êtes puissants dans les cœurs où vous régnez !
La rage, allumée par l'ennemi du genre humain dans les cœurs des empereurs, était inextinguible. Ils trouvaient insuffisantes toutes les inventions de leur cruauté, et toujours ils étaient également altérés du sang des martyrs. On en eut un exemple frap-