‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 97 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XX

pant dans le martyre de saint Major. Comme ce saint publiait partout et confessait librement le nom du Christ, les persécuteurs, irrités, mandèrent trente-six soldats qui eurent ordre de le fouetter sans relâche les uns après les autres, afin que leur fatigue ne lut point une raison de suspendre un instant leur barbare traitement. Ceux-ci exécutèrent trop fidèlement les ordres qu'ils avaient reçus et s'acharnèrent après leur victime, qui demeura plus forte que leur rage et persévéra toujours dans la confession courageuse de la foi. Alors on enferma le saint moitié vivant dans un cachot où il passa sept jours pendant lesquels il fut encore éprouvé par de nouveaux tourments. Mais comme rien ne pouvait l'ébranler dans ses résolutions, ses bourreaux, perdant tout espoir de le vaincre, mirent fin à cette lutte en lui tranchant la tête.

On peut, même après ces exemples, citer, sans crainte de l'affaiblir, l'héroïsme des glorieux martyrs Fuscien et Victorice, dont les souffrances sont rapportées au onze décembre. L'infâme Reciovarus, leur juge, ordonna de mettre dans leurs oreilles et dans leurs narines des pointes aiguës ; il leur fit aussi enfoncer dans le visage d'autres aiguilles embrasées, et les fit ensuite percer à coups de flèches, et comme les martyrs résistaient à tous ces tourments avec une constance et une force qu'il ne pouvait affaiblir, désespérant de remporter la victoire, il donna ordre de leur trancher la tête.

0 victoire, ô triomphes des glorieux chevaliers chrétiens! Quand l'homme s'étonne de la force des uns, il semble que son étonnement doive disparaître devant la grandeur et le courage des autres! Nous allons rapporter encore, pour le prouver, quelques traits empruntés, comme tous ceux qui précèdent, au Martyrologe de Pierre Galesine, en indiquant le jour où il en est fait mention, afin qu'on puisse, si on le désire, les vérifier à leur source.

On trouve, au quatrième jour de mai, l'histoire du martyre de i'évêque Cyriaque et d'Anne, sa très- sainte mère. Ce saint évêque ayant refusé d'adorer les idoles, Julien l'Apostat lui lit couper une main et verser du plomb fondu dans la bouche, supplice atroce qui jeta tous ceux qui en furent témoins dans la consterna-

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tion. Après cela, on étendit le martyr la face contre terre, sur un lit de fer sous lequel on avait mis des charbons embrasés, et tandis qu'il était clans cette cruelle position, on frappait ses épaules avec des verges, on jetait du sel sur les plaies et on les arrosait avec de la graisse bouillante. 11 fallut bien céder devant la constance du martyr, et le tyran, furieux de sa défaite, le fit reconduire en prison. Là sa sainte mère le visitait souvent; femme admirable, qui tenait plus de compte de l'âme que Dieu avait donné à son fils que du corps qu'elle avait engendré, et qui , en vraie fille d'Abraham, triomphait 'de l'amour de son fils par la force de son amour pour le Christ. Elle venait donc dans le cachot où son fils se trouvait et l'encourageait à finir avec la même constance le cours de son glorieux martyre. Mais ces nobles démarches excitèrent contre elle la haine du tyran, qui, après avoir fait appliquer sur deux côtés de son corps deux laines de fer brûlant, donna ordre de la suspendre par les cheveux et de la décapiter. Quant au saint évèque. on l'enferma, toujours par ordre du tyran, dans une cave remplie de serpents. Ces animaux respectèrent son corps sacré et ne lui firent aucun mal. Témoin de ce prodige, un devin, nommé Amointe, se convertit à la foi avec une telle constance qu'il fut martyrisé avec le martyr Cyriaque. Cependant la rage et la fureur du tyran croissaient sans cesse; plus le saint évêque se montrait fort contre tous ces tourments, plus il se sentait ardent à le persécuter; c'est pourquoi il le fit jeter dans une cuve d'huile bouillante, et, pour le mettre à murt, il fit percer d'une lance son cœur sacré. C'est au milieu de ces tourments que le saint évêque rendit au Seigneur qui l'avait créé son esprit glorieux.

De cette illustre mère passons à une autre non moins illustre, qui fortifiait un de ses fils, nommé Julien, jeune homme de dixhuit ans, contre les défaillances de la nature, et l'exhortait à soufïrir le martyre. Cet enfant, ayant refusé d'adorer les idoles, résista aux tourments qu'on lui fit subir, soutenu qu'il était par Les encouragemeats de sa pieuse mère. Mais ses persécuteurs, désespérant de triompher jamais de son obstination, renfermèrent dans un sac rempli de serpents et de sable et le jetèrent dans la

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