‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 98 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTIOiN II, CHAPITRE XX. jfl · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTIOiN II, CHAPITRE XX. jfl

mer. On trouve le récit de ce martyre au vingt-un juillet. Au même jour, on lit le martyre glorieux de saint Aphrodisien; ce confesseur de la foi fut attaché à des lames de fer brûlant, puis jeté dans une grande chaudière de plomb fondu, enfin livré à la rage d'une bête féroce; mais il échappa miraculeusement à tous ces dangers. Bien plus, un grand nombre de ceux qui assistaient à son supplice, touchés des prodiges dont ils étaient témoins, se convertirent à Jésus- Christ et offrirent volontairement leur tète au couteau, par amour pour lui. Le juge cependant ne partageait pas cette admiration salutaire, et loin de se convertir à la vue de ces merveilles, il s'obstinait dans son erreur et sentait sa colère bouillonner au-dedans de lui; il inventa donc pour dompter le martyr de nouveaux et de plus atroces supplices. Il fit couper une grosse pierre en deux parties; puis, appelant les bourreaux, il leur commanda d'enfermer le saint au milieu d'elles et de l'y serrer de toutes leurs forces, jusqu'à ce que ses membres fussent disloqués et ses os broyés. Cette dernière cruauté mit fin à la vie du martyr, qui termina de la sorte sa glorieuse lutte.

Et ici remarquons entre autres choses que la foi est un don de Dieu, et que s'il ne vient pas au secours de notre entendement, ni les miracles, ni quoi que ce soit ne peuvent nous l'obtenir ou nous la donner. Est-il permis d'en douter après les exemples qui précèdent et aussi après tant d'autres qu'on lit dans le récit des luttes des martyrs? Voilà des tyrans et d'autres hommes témoins des mêmes merveilles, et cependant les uns ne sont pas touchés de ce qu'ils voient, les autres au contraire s'en étonnent et se convertissent. D'où vient cette différence? C'est que Dieu aidait les premiers de sa grâce et les disposait à recevoir la foi, tandis qu'il ne donnait aux premiers ni son aide ni son secours; mais qu'on n'attribue pas ce refus à un défaut de bonté ou de miséricorde : la cruauté et la malice de ces méchants étaient les seuls obstacles qui les empêchaient de recevoir la protection et les secours divins.

Car si jamais la bonté et la miséricorde de Dieu ont éclaté quelque part, c'est bien dans ces mémorables circonstances. Voyez, en effet, comment le Seigneur se conduit. A des hommes

i64 INTRODUCTION AU SYMBOLE DE LA FOI.

qui sont sans mérite, puisqu'ils ont passé la plus grande partie de leur vie au service des idoles, il donne une foi, une force, une intelligence et une charité si vives et si puissantes que désormais ils seront capables de mourir martyrs pour la foi qu'ils ont reçue. Oh ! que la bonté de Dieu reluit dans ce prodige d'une manière éclatante! Où trouver un exemple plus magnifique de l'immense amour de notre Seigneur pour les pécheurs que dans ce don qu'il leur fait de sa force et de sa grâce? Que pourra-t-il donc refuser à ceux qui le servent, Celui qui se montre si généreux envers ceux qui ne l'ont jamais servi?

Mais poursuivons notre course, et à tous ces martyres célèbres, ajoutons celui du glorieux Dulas, rapporté au quinze juin. Indifférent à toutes les promesses que put lui faire le juge, ce saint résista à toutes les séductions et se montra inébranlable dans ses résolutions. On en vint alors aux menaces ; on le mit en prison, . on le fouetta cruellement sur les épaules et sur le ventre ; on l'étendit sur un gril pour le faire rôtir ; et après avoir répandu sur sa tête de l'huile bouillante, on le brûla avec des tisons enflammés. Le martyr, plus fort que tous les tourments, persévérait toujours dans la confession de la foi; c'est pourquoi on redoubla de férocité; on déchira ses épaules avec des rasoirs aigus, on versa du vinaigre dans ses plaies ; on le força à se tourner et à se retourner sur des morceaux de tuiles pointues qui entraient profondément dans ses chairs meurtries ; on inventa enfin d'autres tourments inouïs. Les forces du martyr trahirent son courage et son àme indomptable alla porter au ciel le trésor de sa pureté.

Le grand saint Basile, dans une de ses homélies, célèbre le martyre de saint Barlaam, ce glorieux et admirable saint, qui ne le cède point à tous ceux dont nous venons de parler. 11 nous dit de lui que les tyrans ayant vainement exercé leur rage contre sa fidélité à la foi, après l'avoir frappé de coups, inventèrent, pour le faire abjurer, un artifice diabolique. Ils le portèrent devant l'autel de leurs détestables sacrifices qu'ils avaient couvert d'une braise ardente, et là, plaçant, un peu au-dessus du feu, la main de notre saint et dans sa main un peu d'encens, ils

Page 1