CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XX
espéraient que la force des flammes triomphant de sa résistance, il laisserait tomber l'encens dont la fumée s'élèverait en l'honneur des dieux. Mais le saint intrépide préféra voir sa main brûlée que coupable. Magnifique exemple de courage qui arrache à saint Basile ces belles paroles : « 0 main qui n'as pu être vaincue par les flammes ! Le fer et l'acier se transforment sous la vigoureuse action du feu ; les pierres perdent leur dureté et tombent en poussière; mais le feu qui se rend maître de toutes choses, put bien brûler ta main, mais toujours sans la vaincre! La victoire défit les démons et les remplit de honte, eux qui pensaient par leurs artifices et leurs détestables inventions venir à bout de ta constance. »
Les luttes des martyrs sont si admirables, elles confirment si bien la vérité de notre foi, elles sont un témoignage si manifeste de la grâce de Dieu que l'homme ne peut s'empêcher de raconter des œuvres si belles et si édifiantes. Dans la kalende au dix de juillet, sont rapportés le martyre glorieux de saint Vianor, et les huit tourments qu'on lui fit successivement endurer. On l'attacha d'abord à un poteau, et on le flagella cruellement ; on lui coupa les oreilles, on lui arracha les' dents ; on enfonça dans ses chairs des poinçons enflammés, unissant ainsi deux supplices en un seul; puis on troua ses jambes à la cheville. On lui arracha l'œil droit, et on enleva la peau de sa tête. L'expérience ayant appris que le martyr demeurerait invincible dans sa constance, il fallut, pour terminer la lutte, faire tomber sa tête. Un païen, du nom de Sylvanus, était présent à ce spectacle ; étonné de la grande force d'âme et de l'héroïque patience du martyr, jugeant d'ailleurs, en homme prudent, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, qu'une telle résistance au milieu de si affreux tourments, était au-dessus de la nature humaine livrée à ses propres forces et abandonnée de Dieu, il se convertit à la foi de Jésus-Christ et eut bientôt l'occasion de la confesser. On ne sut pas plutôt sa conversion, qu'on le prit, et qu'après lui avoir arraché la langue, on lui coupa la tête, le mettant ainsi en possession du royaume éternel. Cet exemple fera comprendre au lecteur prudent combien notre sainte foi reçoit d'autorité du témoignage de tous nos
I«6 INTRODUCTION AU SYMBOLE DE l.A FOI.
saints martyrs, puisque dans ce cas et dans une foule d'autres un seul martyr a suffi pour ramener va Dieu beaucoup de ceux qui le voyaient souffrir.
Mais comment passer sous silence le martyre d'un enfant de quinze ans, nommé Agapit, dont on trouve le récit dans la kalende au dix-huit du mois d'août? A un âge où l'homme est encore très-faible, ce glorieux saint eut à supporter tant de tourments qu'il n'y avait presque plus dans son corps de partit1 qui n'eût eu son propre supplice? Il fut d'abord flagellé, puis mis en prison et livré pendant quatre jours aux horreurs de la faim; quand il sortit de prison, il fut une seconde, fois battu de fouets ; il sentit de nouvelles plaies renouveler les premières qu'il avait reçues. On mit ensuite sur sa tète des charbons embrasés; on déchira ses joues ; on le dépouilla de ses habits, et le suspendant par les pieds, on alluma sous sa tète un feu de bois vert afin de remplir ses narines de fumée; après cela, on jeta sur son ventre de l'eau bouillante, et pour pousser la cruauté jusqu'au bout, on le livra aux bêtes. Rien ne put ébranler le courage du saint martyr, auquel les bourreaux se décidèrent enfin à trancher la tète. Qui pourrait, en présence de ce courage extraordinaire déployé par un faible enfant, qui pourrait ne pas glorifier Dieu, et ne pas reconnaître combien est grand le pouvoir de sa grâce, combien surtout est magnifique la vertu de la sainte croix de Jésus-Christ qui triomphe du monde avec tant d'éclat dans cet héroïque martyr? 0 âge incomparable, ô riches quinze ans, vous avez superbement glorifié le Seigneur notre Dieu !
Que dire encore d'une sainte femme qui fui , au rapport d'Usuard, accusée quatre fois, à des reprises différentes, comme chrétienne et partant tout aussi souvent éprouvée par d'affreux supplices, sans que tous les tourments aient jamais pu la faire dévier en uu seul point de la confession de la foi? Que dire aussi de cette illustre mère, nommée Sapience, et de ses trois filles, dont les noms étaient dignes de celui de leur mère, car elles s'appelaient Foi , Espérance et Charité? Ces quatre femmes furent ensemble martyrisées à Romç sous l'empereur Adrien, et Usuard rapporte leur martyre dans la kalende au premier jour du mois d'août. Dieu