‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 101 sur 347 · LIVRE III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II

sur l'art de relever et d'embellir les choses, enseigne qu'on doit amplifier cette proposition : « Il a dissipé tout son bien en excès et en débauches ' . » Il fait voir comment on peut développer, étendre ou expliquer tout ce qu'il y a de force et de sens renfermé, et comme resserré et enveloppé dans ce peu de paroles, par le dénombrement des diverses sortes de biens qu'on possède étant riche, et des différentes voies par où on les perd tous ; voici l'exemple qu'il en donne : « Tous ces grands biens qu'il avait hérités de son père et de sa mère, toutes les successions de ses autres parents et alliés, toutes les donations et les legs testamentaires qui lui étaient survenus par surcroît et qui allaient à des sommes immenses; outre tout cela, ce qu'il avait reçu de la dot de sa femme, qui était trèsconsidérable, tout ce qu'il avait obtenu de la libéralité du prince et amassé à son service dans les armes, tout son or et son argent, tous ses riches ameublements, tous ses vêtements magnifiques, tous ses fonds, toutes ses terres, ses maisons et ses métairies avec tous ses troupeaux; en un mot, tout son bien, soit en meubles, soit en fonds , a été en très-peu de temps follement dissipé , dévoré , détruit et consommé dans d'infâmes présents à des courtisanes, dans de somptueux banquets de dissolution et de débauche , dans de continuels excès de vin, et dans toute sorte de jeux et de divertissements le jour et la nuit, en sorte qu'il ne lui en reste absolument rien. »

Voilà comment on amplifie un tout par ses parties.) Or, [° nous appelons un tout ce qui comprend plusieurs choses, comme dans ce dernier exemple le mot /mxms,\ dissolution ou débauche, qui (renferme en sa signification tant de vices, qu'on vient d'énumérer en l'expliquant dans son étendue. 2" Nous appelons encore mi tout ce qui a un signe d'universalité qui lui est joint, comme ce qui est exprimé dans ce même exemple par ces deux mots : rem omnem «tout son bien. » Cette expression porte un signe d'universalité qui renferme toutes les sortes de biens dont nous avons vu le dénombrement./ 3" Enfin nous appelons un tout ce qui a plusieurs parties qui le composent, et que les dialecticiens appellent intégixintes. !

1 Rem omueni luxu perdidit.

Lors doue qu'il se présentera quelqu'une douces trois sortes de tout à amplifier i on pourra toujours très- bien le faire en la manière que nous venons d'expliquer, et d'autant mieux qu'on en trouve des exemples partout dans rÉcriture et dans les Pères, sans presque même y faire attention, et particulièrement dans les écrits de saint Chrysostome et de saint Grégoire de Nazianze.

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