‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 104 sur 347 · LIVRE ÏIl, CHAPITRE 111. i · texte numérisé non relu

LIVRE ÏIl, CHAPITRE 111. i

des loisj l'avilissement Qt l'oubli de la religion, la corruption des mœurs?:qm devons-nous,- dis-je 'encore une fois, plus justement (accuser de tant de misères et de tant de malheurs qui naissent de cette guerre, que vous seul qui en êtes l'auteur? »

Ce lieu, qu'on appelle des accompagnants et des conséquents, est d'une merveilleuse utilité, soit pour relever et amplifier l'excellence des vertus par les choses qui leur conviennent, soit pour exposer la laideur et la turpitude des vices par le dénombrement des maux et des funestes effets qui en naissent , si bien que cette manière d'amplifier est très-utile au prédicateur, lorsqu'il veut exliorter à l'amour et à la pratique de la vertu . ou à la fuite et à la haine du vice. Saint Cyprien prêchant contre le pernicieux venin de l'envie et de la jalousie, amplifie son sujet comme il suit : « Que personne ne s'imagine que ce vice se renferme en des limites étroites : il s'étend extrêmement loin, et il n'est pas moins fécond que pernicieux. C'est la racine de tous les maux, la source de toute sorte de calamités , la pépinière des crimes et la matière de tous les péchés. De là naissent la haine et l'animosité; de là vient l'avarice, lorsqu'on ne saurait souffrir qu'un autre soit plus riche que nous; de là l'ambition, quand pour s'élever plus haut que les autres on méprise la crainte de Dieu, on néglige les enseignements de Jésus-Christ, on ne prévoit point le jour du jugement, on est orgueilleux, cruel, perfide, impatient, colère, querelleur, sans qu'on puisse jamais se retenir depuis qu'on a une fois lâché la bride à cette passion. C'est l'envie qui est cause qu'on rompt le lien de la paix, qu'on viole la charité fraternelle, que l'on corrompt la vérité, qu'on déchire l'unité pour former des schismes et des hérésies, par la douleur qu'on a de n'avoir pas été élevé par l'évêque, ou parce qu'on ne veut pas obéir à celui qui nous a été préféré ^ »

* Latè patet zeli multiplex et fecunda pernicies. Radix est. tnalornm omnium, fons cladium, seminarium deiictorum, maleria culparum. Inde odium surgit, animositas indè procedit : avaritiam zelas inilammat, dùm quis suo non potest esse cûutentus, videns aUerum ditiorem; ambitionem zelus excitât, dùm cernit quis a'.ium in honoribus altiorem. Zelo excaecante sensus nostros atque in ditiouem suam mentis arcana redigente, Dei timor spernitur, magisterium Christi negligitur, judicii dies non providetur. Inflat superbia , exacerbât scevitia, per-

C'est aussi par ces trois lieux des adjoints, c'est-à-dire des aotécédents, des accompagnants et des conséquents, que le savant et pieux évèque Osorio décrit la misère commune de la vie humaine en ces termes : « Il n'y a personne qui puisse expliquer par ses discours, ni raconter en détail combien la vie de l'homme est fâcheuse, pénible et remplie de toute sorte de misères, de traverses et d'incommodités. Si nous commençons par le jour de sa naissance ou de sou entrée en ce monde, et qu'eu parcourant toutes les parties de sa vie, nous marquions en peu de paroles ce qui lui arrive en chacune jusqu'au jour où il en sort, nous verrous qu'il n'y a pas une seule Jieure qui soit sans douleur, sans travail ou sans crainte ; et que tout le cours de ses années est traversé par des peines et des difficultés infinies, et entièrement embarrassé d'une foule de soins et d'inquiétudes qui l'accablent. Notre vie commence par les cris et les larmes, parce qu'à peine sommesnous sur la terre, qu'ayant tous nos membres liés, nous sommes en proie à de douloureuses souffrances. Les animaux viennent au monde tout couverts et tout vêtus par le secours de la nature ; nous ne voyons que l'homme qui naisse dans la nudité et dans l'indigence de toutes choses, et qui soit misérablement réduit à crier dans des liens, et à déplorer la misère de son état sitôt qu'il voit le jour. Qui pourrait jamais exphquer et comprendre toutes les espèces d'accidents, toutes les maladies fâcheuses où la nature si tendre et si faible d'un enfant nouveau-né est exposée? Qui pourrait exprimer toutes les peines et tous les soins des nourrices, toutes les inquiétudes des parents et tous les périls dont sa vie est menacée dans ses premiers mois ? A peine est-il sorti de cette extrême faiblesse de l'enfance en croissant et en se fortifiant avec l'âge, qu'il commence à entrer dans le trouble et dans les agitations de la crainte et de la cupidité, et que les maux qu'il sentait

fidia praevaricatur, impatieDlia conciitit, furit diocordia ^ ira fervescit, nec se jam poteàt coliibere vel regere qui faclus est potestatis alien*. Hiuc dominicae pacis vinculum ruinpitur, hiiic charitas fraterna vioiatur , hinc adulteralur Veritas, uuitas sciuditur, ad liaereses atque scliismata prosiiiîur, dùtn obtrectatur sacerdotibus, dùm episcopis invidetur, doin quis aut queritur uon se poliùs ordinatum , aut dediguatur alteruiii ferre preeposituin. S. Cyp., de Zdo et livore.

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