LIVRE III, CHAPITRE III. 16S
moins auparavant lui deviennent de jour en jour plus sensibles et plus insupportables. Est-il passé de l'enfance dans la jeunesse et dans l'âge de puberté, il y est misérablement troublé et agité par les mouvements orageux et violents de ses passions, qui ne le laissent jamais en repos dans aucun lieu. Que s'il parvient à l'âge de maturité, combien d'inquiétudes et de peines d'esprit l'ambition ne lui fait-elle pas souffrir ! à combien de travaux, à combien d'efforts accablants le désir de l'honneur et la passion de dominer ne l'engagent-ils pas ! quels accès de tristesse et de colère n'excite pas en lui l'envie qui le dessèche et qui le consume sans relâche ! Ajoutez à cela les traverses et les chagrins du mariage, le point d'honneur à soutenir dans la famille, les inquiétudes de l'avenir, les disputes et les procès, l'inconstance et l'infidélité des amis, les trahisons de ceux avec qui l'on est en société, et enfin tous les orages des affaires du siècle. Lorsque l'homme est arrivé au déclin de l'âge et dans cette défaillance presque insensible par laquelle la vieillesse le conduit à la mort, combien éprouve-t-il de maladies et de fâcheuses incommodités, toutes ses forces étant épuisées et son corps défiguré d'une manière qui fait compassion! Enfin a-t-il rendu l'esprit, qu'est-ce que son cadavre? que peut-on voir de plus affreux ? que peut-on approcher de plus corrompu et de plus contagieux ? Toute notre vie, qui est si courte et si rapide, se passe donc comme au milieu d'un torrent de maux avec lequel elle s'écoule. Un travail en attire un autre, chaque douleur est comme liée à une autre qui la suit, et il y a peu de sujets de deuil et de larmes qui ne se terminent à quelque chose de plus triste et de plus déplorable encore. D'où il est aisé de conclure qu'il n'y a point de créature sur la terre qui soit plus misérable que l'homme. » On voit dans cet exemple la misère de l'homme amplifiée, premièrement par le détail des parties de la durée de sa vie, selon leur ordre naturel, et ensuite par les différentes misères qui sont comme attachées à chacune en particulier.
I6(i RHÉTORIQUE ECCLÉSUSTIQUE.