LIVRE III, CHAPITRE IV, § II
nuit pendant que le vent du nord soufflait avec furie? Cette condamnation les combla de joie ; ils allèrent aussi gaiement sur cet étang que des vainqueurs qui vont partager les dépouilles de l'ennemi : sans hésiter, ils ôtèrent leurs habits, et coururent au lieu qui devait leur causer une mort si douloureuse. Là, ils s'exhortaient les uns les autres à garder la fidélité qu'ils devaient à Dieu dans ce poste où sa providence les avait placés. »
Vous voyez dans ce discours comment saint Basile, en rapportant et en expliquant toutes les causes qui rendent ce supplice si douloureux, relève la constance et la grandeur du courage des quarante martyrs.
De l'ampliScation par les effets.
On amplifie souvent les choses par leurs effets ; ce que l'on fait en mettant sous les yeuxMes auditeurs les résultats qu'elles amènent à la lumière du jour. C'est par cet art que saint Bernard relève l'excellence de la méditation : « Premièrement, dit-il, la méditation purifie sa source même, c'est-à-dire l'esprit d'où elle naît. Ensuite elle réprime et tient dans l'ordre les affections du cœur, elle dirige les actions, elle corrige les excès, elle adoucit les mœurs, elle règle en un mot toute la conduite et fait tout l'ornement de la vie. C'est la contemplation sainte qui donne la connaissance, et des choses divines, et des choses humaines ; c'est elle qui arrange avec discernement ce qui était confus, qui rallie et rassemble ce qui était dispersé,, qui pénètre les secrets, qui découvre les vérités, qui examine les vraisemblances J et qui remarque et reconnaît les feintes et les déguisements ; c'est elle enfin qui prévoit et détermine les actions qu'on doit faire, qui considère et repasse celles qu'on a faites, et qui, prévoyant les coups de l'adversité dans la prospérité même, fait qu'on ne les sent presque point quand ils nous frappent, en sorte qu'elle nous procure le courage dans finfortune et la prudence dans les heureux succès *.»^
• Frimùm qiiidem ipsum fontem suum , id est mentem de quà oritur , purificat consideratio. Deindè régit affectus, dirigit actus, corrigit excessus, com-
Le même saint décrit excellemment, par ce même lieu des effets, l'état d'un pécheur obstiné ; « Qu'est-ce qu'un cœur dur? C'est un cœur qui ne se brise point par la componction, qui ne s'amollit point par la dévotion, qui ne se touche point par les prières, qui ne cède point aux menaces, qui s'endurcit sous les coups, qui reçoit les bienfaits avec ingratitude et les conseils avec mépris. Il est cruel dans les jugements qu'il exerce, il ne rougit point des choses les plus honteuses, il ne s'effraie point des plus grands périls, il n'a point d'humanité pour ses frères, il affronte avec témérité les châtiments de Dieu, il oublie le passé, il néglige le présent, il ne prévoit point l'avenir. Les injures qu'on lui a faites sont les seules choses du passé dont il se souvienne; il ne profite point du présent pour se convertir, il ne considère point son éternité, et ne songe à l'avenir que pour faire naître quelque occasion de satisfaire ses vengeances. Enfin, pour exprimer en une parole tous les maux d'un état si affreux, un cœur dur est celui qui ne craint point Dieu, et qui ne se soucie point des hommes • . »
Cette manière d'amplifier un sujet par ses effets, c'est-à-dire par tout ce qu'il y a de bon ou de mauvais, de commode ou de fâcheux, qui en est un accompagnement ou une suite ordinaire, quoique très-fréquente, sert néanmoins plus particulièrement dans les discours où l'on se propose de persuader quelque chose ou d'en dissuader. C'est par ces sortes d'accompagnements et de suites qu'on
ponil raores , vitam honestat et ordinat, poàtremô divinanim pariter oi huiuanariim reniin scientiani confert. Hœc est qnae confusa disterminal ,, hiaulia cofiit, sparsa colligil , sécréta rimatur, vera vestigat, verisimilia examinât, ficta et fucata explorât. Hœc est qiife agenda praeordinat, acla recogitat, ut nihil in mente resideat aut incorrecium, aut correctione egeus. Haec est quae in prosperi» adversa praesenlit, in adversis quasi non sentit; quorum allerum fortitudinis, alterum pruden'iae est. S. Bern., de Consider., lib. \, cap. vu.
^ Quid est cor dnrum? ipsum est quod nec compunctione scinditur, nec pietattj molUlur, nec movetur precibus, niinis non cedit, flageliis dnratur. Ingratum ad beueiicia est, ad consilia infidum, ad judicia saevum, inverecuudum ad turpia, impavidum ad pericula, inliumanum ad liumaua, temerarium in divina, praeteritorum oblivisceus, praesentia negligens, fulura non providens. Ipsum est, cui praeteiitorum, profiter solas injurias, nihil omninô non prœterit, praesentium nihil non périt; futurorum uuUa, nisi forte ad ulcis^endum, prospectio seu prœparatio est. Et ut brevi cuncta horribilis raali mala complectar, ipsum est quod nec Deum timet, nec hominem reveretur. Ibid., cap. it.