LIVRE m, CHAPITRE IV, § III
de Jésus-Christ, qui est l'ouvrage des saints apôtres. On représente, à l'égard des personnes, que les apôtres étaient en très-petit nombre, des hommes grossiers, sans lettres, sans science, sans force, sans biens, sans secours et sans appui, destitués de toute sagesse humaine, « faisant, au contraire, profession de ne savoir autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié '. » A l'égard des choses, on fait remarquer que la doctrine qu'ils enseignaient aux hommes est très-pénible à pratiquer et encore plus difficile à croire, savoir, qu'un homme condamné à mort et crucifié entre deux larrons est le Dieu très-haut, le souverain créateur et le maître de toutes choses, et les autres vérités que la foi nous enseigne des ineffables mystères de la sainte Trinité, du sacrement de l'Eucharistie et de la résurrection des corps; et pour la récompense qui devait être le motif de la foi et de la croyance de ces choses, ils n'eu proposaient point d'autre en cette vie que les chaînes et les prisons, les fouets, les bannissements, les proscriptions et les confiscations de biens, les tortures et les supplices. On fait ressortir aussi la grandeur et la difficulté de cet établissement de la religion chrétienne, par l'état et les circonstances des personnes qui en étaient les ennemis déclarés et les persécuteurs, savoir : les rois, les princes, les empereurs et toutes les puissances de la terre, les peuples et les nations entières, et enfin tous les hommes de toute sorte d'états et de conditions. Mais comment la religion était-elle persécutée par ces personnes dans le monde entier? Elle l'était avec une fureur brutale, avec une haine pleine de rage, avec une cruauté incroyable : les pères mêmes s'armaient avec une féroce inhumanité contre leurs propres fils, et les maris contre leurs femmes. On place en cet endroit l'énumération des supplices et des cruels stratagèmes dont les puissants du monde se servaient pour combattre la foi de l'Église et pour exterminer les fidèles qui l'avaient embrassée, comme l'a très- bien exprimé saint Cyprien par ces paroles : « Vous privez de leurs maisons et de leurs biens des hommes justes et innocents, des amis de Dieu ; vous les chargez de chaînes, vous les mettez en prison, les exposez
1 Non judicavi me scire aliquid iûter vos, nisi Jesum Cliristum^ et hune crucifixum. l Cor., ii, 2.
aux bêtes, les faites périr par le fer ou par le feu ; non content de la durée ordinaire des supplices, vous leur faites souffrir de longs tourments, et par une cruauté ingénieuse vous en inventez même de nouveaux. La barbarie peut-elle aller plus loin ' ? » Cet exemple fait assez voir combien il est utile de rechercher exactement les diverses circonstances et des choses et des personnes , lorsqu'il s'agit d'étendre et d'amplifier des sujets importants et remarquables par eux-mêmes.
C'est aussi par cette sorte d'assemblage de toutes les circonstances que saint Chrysostorae amplifie l'affliction et la douleur extrême dont le bienheureux patriarche Jacob fut saisi et comme accablé, lorsque voyant la robe de Joseph ensanglantée, il crut que quelque cruelle bête l'avait dévoré. Voici ses paroles : « Lorsque ce seul fils qu'il avait eu de Rachel son épouse chérie fut devenu grand, et qu'il espérait de l'avoir toujours auprès de lui j)Our la consolation et le soutien de sa vieillesse, on lui préparait un accablement de douleur ; car ses enfants lui ayant envoyé la robe de leur frère toute teinte de sang, le plongèrent dans la plus profonde tristesse. Il ne pleurait pas seulement la mort de son cher Joseph ; mais l'amertume de sa douleur était sensiblement augmentée par le genre de mort qui le lui avait ravi. Il considérait qu'il perdait par cette mort le seul fils de sa chère Rachel, le meilleur de tous ses enfants et celui de tous qu'il aimait le plus tendrement; qu'il le perdait à la fleur de son âge, non en le voyant mourir dans sa maison ni dans son lit, où il aurait pu l'assister par sa présence, lui parler ou l'entendre, et lui donner le dernier baiser, mais au milieu des champs où lui-même l'avait envoyé ; qu'il n'était pas mort d'une mort commune, mais qu'il avait été déchiré tout vif et dévoré par la dent des bêtes sauvages; qu'on n'avait pu trouver la moindre partie de son corps pour la placer avec les
» lunoxios. jiistos, Deo charos donio privas, patrimonio spolias, catenis premis, carcere iucladis, gladio, bestiis, ignibus punis. Nec saltem conlentus es dolorum nostrorum corapendio et simplici ac veloci brevitate pœnarum. Admoves laniandis corporibus longa tormenta, multiplicas lacerandis visceribus immensa supplicia, nec ferilas atque immanilas tua usitatis potfist contenta esse tormeutis; excogitat novas pœnas ingeniosa crudelitas. QufE baîc est insatiabilis carniflcinae rabies! quae inexplebilis ingeniosa crudelitas! S. Cyp., ad Demetrianum.