‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 119 sur 347 · LIVRE III, CHAPITRE VI, § I. fg · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI, § I. fg

tation des choses, que s'excitent les mouvements et les passions du cœur de l'homme , et que cette représentation ne peut mieux se faire que par les descriptions des choses et des personnes , dont nous allons parler présentement.

De la description des choses.

La description d'une chose est l'image ou la peinture par laquelle nous la présentons dans le discours, non en l'expliquant d'une manière courte et légère, mais en la mettant si clairement devant les yeux avec ses plus vives couleurs, qu'elle enlève l'auditeur ou le lecteur hors de lui-même, et le transporte sur la scène et dans le lieu où elle se passe\ ou s'est passée autrefois ; et c'est à cause de cette vive image que la description donne des choses et des personnes, queles Grecs l'appellent hypotyposin, qui est un nom commun à tout ce qui s'expose aux yeux sous quelque image .^ Cette sorte de figure consiste principalement dans^'exacte explication des circonstances ). surtout de celles qui mettent plus particulièrement la chose comme devant les yeux,i^etqui font mieux voir dans le discours, le génie, les mœurs, les passions, en un mot, le caractère des personnes qui y ont part. Toutefois les comparaisons, les ressemblances, les différences, les métaphores, les allégories et les autres figureSjAs'il y en a, qui servent à éclaircir la chose, ne laissent pas d'y être^aussi d'un grand secours. Les épithètes mêmes y servent encore^ beaucoup, lorsqu'elles y sont employées avec justesse.

Mais pour faire entrer à propos et d'une manière vive et naturelle tous ces divers ornements dans une description, il est bon d'avoir vu les choses que l'on veut représenter, d'y avoir été présent, ou même, si elles sont de telle nature que cela se puisse, de les avoir éprouvées\en sa propre personne. Si, par exemple, quelqu'un voulait décrire l'état de trouble, de crainte et de tremblement où est un homme réduit à l'agonie, lorsque se voyant si près de cette affreuse séparation qui l'arrache delà compagnie de ses proches, de

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ses amis et de tout ce qu'il avait de plus cher dans ce monde, il n'a plus de connaissance que pour se représenter avec frayeur l'incertitude de son salut et l'énormité de plusieurs péchés qui lui semblaient auparavant très-légers, il lui servirait sans doute beaucoup de s'être trouvé lui-même dans cet état, et d'avoir appris par sa propre expérience ce qui se passe dans ce moment suprême. C'est ainsi que saint Grégoire de Nazianze nous dépeint dans son Apologétique la bienheureuse tranquillité de la vie contemplative qu'il avait lui-même éprouvée : « 11 me semble, dit-il, qu'il n'y a rien de plus heureux qu'un homme qui, tenant tous ses sens extérieurs soigneusement fermés, et étant lui-même séparé de la chair et du monde et tout recueilli dans le secret de son cœur,' ne se mêle plus en rien des choses humaines, à moins qu'il n'y soit contraint par la nécessité ;(s'entretenaut seul avec lui-même et avec Dieu dans cette retraite intérieure, il mène une vie élevée au-dessus de toutes les choses visibles ; portant partout dans luimême des ressemblances et des images de la divine beauté /toujours pures et sans mélangé d'aucun fantôme ni d'aucune illusion des choses de la terre, il est comme un très-pur miroir de Dieu et des choses divines, et le devient en effet chaque jour de plus en plus, ajoutant sans cesse lumière sur lumière et toujours une plus éclatante à celle qu'il avait déjà ; par l'espérance il jouit dès cette vie même du bonheur de l'autre ; et quoiqu'il vive encore sur la terre, il est sans cesse transporté et comme retenu par l'esprit dans le ciel. Si quelqu'un de vous est vraiment épris de l'amour de cette bienheureuse vie, il entend ce que je dis, et il excusera facilement le doux transport où je me suis trouvé alors. »

Saint Cyprien amplifie de même l'effronterie des vierges qui assistent aux noces, par une description qu'il en fait en ces termes : « Il y a des vierges qui n'ont point de honte de se trouver aux noces, et de se mêler dans les entretiens et les discours lascifs qui s'y tiennent, d'écouter et de remarquer des choses qui blessent la bienséance, d'être présentes aux festins de débauche qui fournissent des amorces aux passions déréglées, et où la licence des paroles ne connaît aucun frein. Que peut faire à des noces une personne qui ne veut point se marier ; ou quel plaisir peut-elle y

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