‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 123 sur 347 · LIVRE III, CHAPITRE VI, § I. I9S · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI, § I. I9S

On peut reconnaître aisément dans cet exemple, la manière d'amplifier que nous avons remarquée ci-dessus, et qui consiste dans une exacte exposition de toutes les circonstances du sujet, par des comparaisons de choses inégales, c'est-à-dire, du plus ou du moins , pour montrer que ce qu'on veut relever est beaucoup plus grand et plus important ; car c'est ainsi que saint Chrysostome dans ces descriptions fait voir clairement combien les combats que nous livTent les démons sont plus dangereux et plus redoutables que ceux des plus puissantes armées.

Remarquons tout de suite, en attendant le moment d'y revenir, que les discours que l'on prête aux personnes, et les comparaisons que les rhéteurs appellent images ou ressemblances, donnent beaucoup de relief et d'ornement aux descriptions de choses. C'est ce qu'on voit dans celle dont saint Grégoire de Nazianze s'est servi pour relever lé courage et la constance de l'incomparable mère des sept Machabées : « Jusqu'alors, dit-il, cette très-digne mère des généreux Machabées avait été comme diversement agitée entre la joie et la crainte; car, tantôt elle se réjouissait de voir le courage et la force toute divine de ceux de ses fils qui mouraient intrépides au milieu des souffrances, et tantôt elle tremblait, par une sainte inquiétude de l'événement du combat , pour les autres qui étaient encore exposés à des supplices si effroyables. Semblable en cela à une poule, mère de plusieurs poussins, qui voyant approcher un serpent, ou quelque autre bête pour les prendre, voltige autour d'eux, et bat des ailes avec grand bruit, elle s'agitait de même , et s'empressait pour soutenir le courage de ses enfants. Elle exhortait chacun d'eux en particulier, comme dit l'Écriture, avec des paroles fortes et dignes de ses pères, étant toute remplie de sagesse, et mêlant un courage mâle, avec la tendresse d'une femme ; elle combattait avec eux, et s'efforçait par ses paroles et par ses actions de les rendre victorieux de l'ennemi ' . »

Cette sorte de comparaison sert particulièrement à montrer les choses, comme en les mettant devant les yeux. Les autres similitudes, comparaisons et exemples, qui se tirent de ce qu'il y a d'é-

1 Singuloà illorum hortabatur voce palriâ fortiter , repleta sapientiâ, et feminex cogitatioDi masculinum aDimura iaseriics. II Machub., -ni, 21.

Îgalité, de plus ou de moins, de ressemblance ou de différence dans les choses, ont aussi beaucoup de force pour amplifier, comme nous l'avons déjà fait voir après Quintilien. Avec uu peu d'esprit et d'attention, on trouvera aisément l'usage de ces sortes de comparaisons dans le discours de saint Chrysostome contre ceux qui entretenaient chez eux des sœurs adoptives ; car pour mieux montrer la grandeur du danger où ils vivaient, il se sert des exemples du bienheureux Job, qui n'accordait pas même à ses yeux la liberté de regarder une vierge, et de l'Apôtre saint Paul, qui traitait rudement son corps et le réduisait en servitude, de peur d'être réprouvé, a Supposons , dit ce Père , que la vie que vous avez menée ensemble jusqu'à présent ait été pure ; mais est-elle exempte de péril? Job qui était élevé au comble de toutes les vertus. Job victorieux des démons, de toutes leurs ruses et de toute leur puissance, Job, en mi mot, tout saint qu'il était, n'aurait pas osé s'exposer à une occasion si périlleuse, lui qui vivait dans une continence dont la force et la fermeté l'emportaient sur le fer et les diamants. Il craignait cette sorte de combat qu'attire la vue des femmes; non-seulement il était persuadé qu'il est très-difficile et peut-être impossible de demeurer avec une jeune fille et de conserver une pureté parfaite, mais il n'osait même en regarder aucune au visage , sachant que cette curiosité pouvait lui être bien funeste. C'est pourquoi , il veillait sans cesse sur ses yeux pour leur refuser jusqu'aux moindres regards qui auraient pu lui causer quelque mauvaise pensée. « J'ai fait, disait-il, un pacte avec mes yeux, afin de n'avoir pas la moindre pensée sur une vierge ' . » Mais si vous trouvez que Job ait trop de défiance de lui-même pour ce combat, quoique dans la vérité nous ne soyons pas dignes de nous asseoir sur le fumier que ce saint homme a honoré par sa patience ; si son exemple ne vous suffit pas , et vous parait audessous de votre courage , que direz-vous de l'exemple et des paroles de l'Apôtre des nations qui , tout plein de la grâce du Saint- Esprit, après avoir porté les vérités de l'Évangile et prêché Jésus- Christ dans toute la terre; après avoir essuyé des travaux, des

' Pepigi fœdas cuiii oculis meis , ut ne cogitareiu quidern de virgine. Job,,

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