LIVRE III, CHAPITRE VI, § II
périls et des tourments incroyables, et fait des choses si héroïques pour la gloire de Dieu, déclare qu'il est toujours obligé de combattre pendant qu'il vit dans une chair mortelle. « Je traite rudement mon corps, dit-il, et je le réduis en servitude, de peur qu'ayant prêché aux autres, je ne sois moi-même reprouvé *. » Pouvait-il témoigner plus fortement combien les révoltes séditieuses de la chair sont à craindre, et avec quelle circonspection il faut toujours être en garde contre les attaques de la concupiscence? »
On voit clairement dans ces exemples avec quel soin saint Chrysostome a recherché et amplifié les circonstances des personnes du bienheureux Job et de saint Paul, pour montrer la grandeur du péril où s'exposaient des hommes si éloignés de la perfection et de la continence invincible de ces deux incomparables serviteurs de Dieu. 11 se trouve encore dans ce même discours de saint Chrysostome d'autres excellents exemples de ce que nous avons dit ; mais pour ne pas être trop long dans une chose qui d'ellemême est assez claire et aisée à comprendre, je laisse au travail des prédicateurs studieux le soin de les y rechercher eux-mêmes et de s'en instruire; car ce traité de l'habitation avec les femmes mérite bien que tous le lisent; il est rempli d'un saint et admirable zèle pour la gloire de Dieu, soutenu et orné de toute la force et de toute la beauté d'une parfaite éloquence.
§ II-
■ Ue la doscription des personnes. '\
Il y a différentes sortes de descriptions des personnes, mais elles n'appartiennent pas toutes à l'amphfication , qui est le sujet que nous traitons maintenant. Toutefois l'ordre veut qu'après avoir expliqué ce qui regarde la description des choses, nous parlions aussi de celle des personnes. La première manière de les décrire consiste à('peindre comme en raccourci-, et à représenter en peu de paroles, le naturel, le génie, les mœurs et les autres circon-
1 Castigo corpus meuuij et in servitutem rédige, ue l'ortè. çùm aliis praedicaverim, ipse reprobus efficiar. I Cor., ix, 27. "' "'^'" ' -" "-'"':•
.498 RHETORlQUlî ECCLÉSIASTIQUE.
stances que nous avons ci-devant attribuées aux personnes, comme nous voyons que Salluste a décrit celles de Catilina, de César et de Caton.']C'est ainsi que sont retracées les vies et les mœurs du saint homme Job. de Tobie et de Judith dans l'Ancien Testament, et celles du. bienheureux vieillard Siméon et d'Anne la prophétesse dans le Nouveau. Mais cette sorte de descriptioni' sert plus pour la preuve que pour ramplification^
(' Il y en a une autre plus propre à l'orateur, appelée notation, qui est l'expression naturelle du caractère des personnes, comme quand nous faisons le portrait d'un avare j d'un homme de bonne chère, d'un ivrogne, d'un orgueilleux enflé de lui-même, d'un envieux, etc. Cassien est admirable en ce genre de description, particulièrement dans les livres qu'il a écrits sur les remèdes contre les vices capitaux , où il peint avec une justesse merveilleuse le caractère d'esprit, les mœurs et les manières d'agir et de parler de ceux qui en sont infectés. On peut voir, dans ces livres mêmes, les vives et éloquentes descriptions qu'il en a faites. Mais il y en a principalement deux, que je ne puis me dispenser de rapporter ici pour exemples. La première est celle d'un solitaire possédé par l'ennui et la paresse, que quelques anciens Pères appellent le démon du midi. « Lorsque le démon de l'ennui et de la paresse s'est une fois rendu maître de l'esprit d'un solitaire, il le remplit d'horreur et d'aversion pour le lieu de sa solitude, de dégoût pour sa cellule, et de mépris pour ceux qui demeurent avec lui , les regardant comme des gens négligents et peu spiritu3ls; il le rend lâche et languissant dans le travail. Piemarquez cet homme qui ne peut plus vivre en repos dans sa cellule, ni s'appliquer à aucune occupation réglée. Il soupire et se plaint qu'il n'avance en rien depuis tant de temps qu'il y demeure; il se fâche même, et se chagrine d'y avoir passé ses plus beaux jours sans aucun progrès spirituel; il s'inquiète et se tourmente, de ca qu'au lieu qu'il pourrait ailleurs en conduire d'autres et se rendre utile à plusieurs, il n'a encore gagné aucune àme par les instructions salutaires de sa doctrine. Il relève aussi avec éloge la vie édifiante des monastères éloignés, et la représente comme beaucoup plus avantageuse pour le progrès de l'àme et pour le salut. Il décrit avec enthousiasme ces