‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 134 sur 347 · LIVRE III. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE VIII

et comparant ceux qui sont à lui avec son peuple, lui tienne ce discours : Je n'ai point été fouetté ni souffleté pour ceux que vous voyez avec moi; je n'ai point souffert le supplice de la croix, ni répandu mon sang- pour eux ; je ne leur promets point un royaume céleste, ni le paradis et l'immortalité; et cependant voyez quels présents ils me font, combien ils sont précieux, combien ils leur coûtent de travail et de dépense? Ils ont engagé ou vendu pour cela tout ce qu'ils avaient de plus cher; et si leur spectacle n'est accompagné d'éclat et de magnificence , on les chasse avec injure et infamie, et quelquefois même ils courent danger d'être lapidés. Montrez-m'en, si vous pouvez, parmi ceux qui sont instruits de vos préceptes, et qui doivent recevoir des récompenses célestes pour les biens de la terre, parmi ces riches qui regorgent d'aise et de biens, qui vous fassent des présents de cette sorte, et qui pour vous donner des spectacles aussi magnifiques, engagent et vendent leurs héritages, ou plutôt les échangent contre les trésors du ciel. D'ailleurs, dans ces présents que l'on me fait, personne n'est nourri, personne n'est vêtu, personne n'est soulagé; tout y est consumé entre ceux qui les donnent et ceux qui les regardent, et toute cette folle dépense se termine à un plaisir d'un instant. Mais vous, vous êtes vêtu et nourri dans vos pau\Tes, et vous promettez la vie éternelle à ceux qui les assistent, et nonobstant cela à peine vos serviteurs peuvent-ils être comparés à mes esclaves? Que répondrons-nous à cela, mes très-chers frères? comment défendrons-nous l'avarice et l'inhumanité des personnes riches qui sont sur ce point dans un aveuglement prodigieux? Quel prétexte alléguerons-nous, nous qui ne voulons pas faire la moindre chose en reconnaissance de ce que Jésus-Christ a souffert la mort et versé son sang pour nous, et qui sommes inférieurs aux esclaves du démon * ? »

' Atqae ut pigros et stériles et cupiditate uummarià nihil circa fructum salutis opérantes, magis pudeat, ut plus conscientiam sordidam dedecoris ac turpitudinis suse rubor csedat, pouat unusquisque ante oculos suos diabolum cum servis suis, id est, cum populo perditiouis ac mortis, iu médium prosilire, plehem Christi, prseseute et judicaut^• ipso, comparationis examine provocare dicentem : Ego pro istis quos mecum vides nec alapas accepi , uec' flagella sustinui, nec crucem pertuli, uec sauguinem fudi, nec familiam meam pretio

On voit encore deux exemples de la même figure dans la Lettre de saint Jérôme à sainte Paule, sur la mort de Blésille, sa fille aînée. Cette sainte s'affligeait excessivement de la perle de sa fdle; le saint, pour modérer sa douleur, fait parler Blésille elle-même à sa mère, en ces termes : « Quel tourment et quel supplice pensezvous que ce soit pour Blésille de voir Jésus-Christ mécontent de vous • ! Elle vous crie, dans l'accablement où elle vous voit : Si jamais vous m'avez aimée, ma chère mère, si vous m'avez nourrie de votre lait, si vous m'avez élevée dans la pratique de la vertu par vos sages conseils, ne m'enviez point la gloire que je possède, et n'obligez point Dieu à nous séparer pour toujours. Ne pensez pas que je sois seule : la perte que j'ai faite de vous est remplacée par le bonheur d'être auprès de la Vierge Marie, la Mère du Seigneur. Je vois ici plusieurs personnes que je n'avais jamais connues, et je trouve en leur compagnie des douceurs et un agrément ineffables. J'ai le bonheur d'y être avec Anne, cette illustre veuve dont l'Évangile fait l'éloge; et ce qui doit redoubler votre joie, et vous combler de consolation, c'est que j'ai mérité en trois mois la même gloire qu'elle n'a acquise que par un long travail et

passionis et cruoris redemi; sed nec regnum illis cœleste promitto, nec ad paradi-um restitutà immortalitale denuô revoco; et mimera mihi quàm pretiosa, quàm grandia, quàm uimio et longo labore quaesita sumptuosissimis apparatihus comparant, rébus suis vel obligatis in muneris coraparationc vel venditis; ac uisi editio honesta successerit, conviciis ac sibilis ejiciunlur, et fuiv)re j)op'dari nonnunquàm ppuè lapidantur? Tlios taies munerarios, Christe, demonstra, prœceplis luis raonitos, et pro terrenis cœlestia rec^pturos, illos divites, iilos copiosis opibus afflneutes; an in ecclesiâ prEesideute et spectante te pjusmodl munus edaut, oppignoratis vol distractis rébus suis^ immô ad cœlesles thesauros nuitalà in melius possessione translatis. In islis muncribus meis caducis atque terreuis nemu pascilur, nemo vestitur, nemo cibi alicujus aut potùs solatio snstiuetur. Cuncta iulcr furorem edentis et spectantis errorem prodiga et stuUa voluptatum fruslrantium vanilate deporeuut. lilic in pauperibus tuis tu vesliris et pasceris, tu œternam vitara operantibus polliceris; et vix tui meis pereuntibus adaequaulur, qui à te divinis mercedibns et prceuiiis cœlestibus boiiorantur. Qui ad bœc respondemus, fratres charisiimi? Sacrilegâ sterilitate et quàdam tenebrarum nocte coopertas divilum montes quà ratione defcndiraus, quà excusatione purganius, qui diaboli servis minores sumus, ut Cbristo pro pretio passionis et sanguinis vicem ne in raodicis re[tendamus? S. Cyp., de Opère et Eleemosynis.

> Saint Jérôme suppose Blésille dans le ciel; il !aut donc prendre tigurément les mots de supplice et de tourment.

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