‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 139 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des passions eu particulier.

Après avoir parlé en général des impressions qui peuvent se faire sur les esprits par le discours, disons-en quelque chose en particulier, et /marquons les lieux et les motifs propres à chaque passionA Entre les mouvements qui se rapportent aux diverses passions de l'àme, les uns sont propres à l'orateur profane et les autres au prédicateur évangélique. Car les orateurs se proposent presque toujours d'émouvoir et d'exciter les esprits à la compassion et à l'indignation ; mais les prédicateurs tâchent d'ordinaire de les porter à l'amour de Dieu, à l'espérance en sa miséricorde, à la crainte de ses jugements, à la haine du péché, à la tristesse salutaire, à la joie de l'esprit, à l'estime et à l'admiration des choses divines, au mépris de celles du monde, à l'humilité de cœur et à la soumission d'esprit.

/ Aristote, dans le second livre de sa Rhétorique^ traite très-amplement de presque toutes les passions et affections des hommes, par exemple, de la colère et de la douceur, de l'amour et de la haine, de la crainte et de la i:onfiance, de la honte, de l'indignation, de la pitié et des autres semblables; et il y explique en même temps les moyens par lesquels chacun de ces sentiments a coutume de s'exciter plus efficacement dans les âmes. Adoptant la méthode de ce philosophe, nous indiquerons la marche] qu'il faut suivre pour exciter dans les fidèles les mouvements salutaires et les sentiments de piété que nous venons de marquer, et qui sont les principaux où doivent tendre ordinairement les discours des prédicateurs évangéliques.

Mais il faut pour cela bien considérer tout ce qui a coutume de nous porter plus fortement à l'amour de Dieu, à l'espérance en sa miséricorde, à la haine du péché, à la crainte et aux autres sentiments de la vie chrétienne. Nous n'entreprendrons pas ici d'expliquer en particulier et en détail, l'une aprèsl'autre, toutes les choses qui peuvent servir spécialement à les produire dans les âmes ; car ce serait un ouvrage de plusieurs volumes, puisque les Livres

sacrés, et ceux des saints Pères, pour la plupart, ne traitent presque d'autre chose. C'est pourquoi nous nous contenterons en cet endroit de montrer comme au doigt les lieux qui en sont les sources, et la voie que l'on doit suivre pour exciter ces mouvements dans les cœurs.

De l'amcuir de Dieu.

' Nous remarquerons d'abord que les plus puissants motifs de notre amour envers Dieu y sont sa bonté , son amour envers nous, sa douceur et sa tendresse, sa beauté, son alliance avec nous et la libéralité avec laquelle il nous comble de ses bienfaits. iQuant à la bonté,) pour commencer par cette divine perfection, que les philosophes appellent objet propre de la volonté humaine, ni est certain que Dieu n'est pas seulement plein de bonté, mais il est la source même infinie de toute bonté, le bien unique^ souverain et universel qui renferme tous les autres biens,\ comme le Seigneur le déclare, disant de lui-même à Moïse, qui le priait de se montrer à lui :( « Je vous ferai voir toute sorte de biens '. »)En un mot. Dieu est tellement bon, qu'il n'y a rien qui soit véritablement appelé bon, en comparaison de lui. C'est ce que le Sauveur marque neltement par cette parole : « Il n'y a que Dieu seul qui soit bon -. »

La divine charité ou l'amour de Dieu envers nous, que nous avons donné pour motif du nôtre envers lui, nous oblige à répondre au moins à son amour par le nôtre, en lui rendant amour pour amonr. Car, si le Seigneur nous a tellement aimés, qu'il dit luimême : « que personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ^ ; » et si « Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que le monde fût sauvé par lui ^ » : comment le chrétien ne se porterait-il pas avec

1 Ego ostendam omne bonuiu tibi. Exod., xxxv, 19.

s Unus est bonus, Deus. Matlh., xix, 17.

8 Majoreu) hfic dilectionem nemo habet, ut aiiiumm suaui ponat quis pro amicis suis. Joan., xiv, 13.

* Sic Deus dilexil muudum, ut Filium suum uaigenilum daret...j ut salvetur nnuidus per ipsuai. Ibid., \\\, 16 et 17.

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