‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 140 sur 347 · LIVRE Ut, CHAPITRE X, g · texte numérisé non relu

LIVRE Ut, CHAPITRE X, g

ardeur à suivre cette exhortatiou de l'Apôtre : « Vivez dans l'amour et dans la charité, comme Jésus-Christ nous a aimés et s'est livré lui-même pour nous * ; » surtout entendant Dieu même qui nous crie par son Prophète :'« Je vous ai aimé d'un amour éternel; c'est pourquoi je vous ai attiré à moi par la compassion que j'ai eue de vous -. » Cette divine charité nous pousse si puissamment à la reconnaissance^ qui est un des plus grands motifs de l'amour, ) que le Sauveur eu parle de cette manière :U( Je suis venu apporter le feu sur la terre/jCt que désiré-je sinon qu'il s'allume ^? »

''^La clémence, la douceur est encore un puissant attrait pour gagner les cœurs et pour inspirer l'amour. C'est aussi cette vertu que Notre-Seigneur s'attribue particulièrement lui-même i «Apprenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble de cœur ''. »' De là vient que l'Apôtre laissant comme à part les autres vertus de Jésus-Christ, conjure les tidèles spécialement par sa douceur de faire ce à quoi il les exhortait ■',

\J1 en est de même de la beauté, qui pour cela est appelée en grec xaXôç, de -/.a>£îv, appeler, parce qu'elle appelle et attire tout à soi par la force et la puissance particulière qu'elle a de se faire aimer. Or Dieu seul possède une parfaite beauté, qui consiste dans l'heureux assemblage de toutes les perfections. ;

(L'alliance que nous avons avec Dieu est bien étroite i: car, comme le dit l'Apôtre selon le témoignage même d'un poète païen : « Nous sommes les enfants et la race de Dieu^ » Cette sainte alliance est un puissant motif d'amour envers lui ; car, comme la participation d'un même sang entre les parents les lie très-étroitement entre eux, c'est comme une suite nécessaire que quiconque s'aime soi-même aime aussi ses parents ; et entre les liaisons de parenté la plus grande est sans doute celle qui unit les pères et les enfants. Or le prophète Moïse parlant du Seigneur notre Dieu :

' Ambulale in dilectione, sicut et Gliriàtus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis. Ephes., \, 2.

2 In charitate perpétua dilexi te; ideô attraxi te, miserans. Jei\, xxxi, 3.

3 Ignem venimittere in terram, et quid volo nisi ut accendatur? Luc, xii, 49, * Discite à me quia mitis sum et liumilis corde. Matth., wi, 29.

i> Obsecro vos per mausuetudinem et modestiani Cliristi. H Cov., xx, 1. 6 Ipsius enim et genus sumus. Act., xvii, 28,

224 RHÉTORIQCE ECCLÉSIASTIQUE.

« N'est-ce pas lui, dit-il, qui est votre Père, qui vous a possédés, qui vous a faits et qui vous a créés ' ? » C'est pourquoi toute paternité dans le ciel et sur la terre prend son nom de lui seul, et nul ne doit être appelé père en comparaison de lui. De là vient que le Prophète-Roi dit : « Mon père et ma mère m'ont abandonné, mais le Seigneur m'a pris sous sa protection - » et(Isaïe : « C'est vous. Seigneur, qui êtes notre Père.) Abraham ne nous connaît point, Israël ne sait qui nous sommes ; mais vous. Seigneur, vous êtes notre père ^ )) Combien ne sommes-nous pas obligés d'aimer un tel père!

Mais il y a encore une autre sorte d'alliance et d'union plus étroite et plus intime, et qui excite aussi un amour bien plus enflammé; savoir celle d'un époux avec son épouse, dont il est dit dans l'Evangile : « L'homme abandonnera son père et sa mère, et demeurera attaché à sa femme *. » Or ce nom d'époux, si plein d'amour et de tendresse, est celui que Notre-Seigneur Jésus-Christ prend lui-même à notre égard dans le livre des Cantiques, pour nous marquer l'extrême ardeur de son amour envers nous, et nous faire comprendre quel doit être aussi le nôtre envers lui. Ce divin Sauveur prend pour épouses toutes les âmes fidèles qui sont véritablement animées de l'ardeur de la foi et de la charité , comme l'Apôtre le dit expressément aux chrétiens : « Je vous ai fiancés à Jésus-Christ comme une vierge pure ^ » Or le Seigneur a joint en lui ces deux noms si doux de père et d'époux, lorsqu'il a dit par son Prophète : « Appelez-moi donc maintenant et ditesmoi : Vous êtes mon Père, c'est vous qui m'avez pris sous votre conduite dès ma jeunesse *'. » Quelle doit être l'ardeur de notre amour pour un si digne et si tendre époux?

Ajoutez à tant d'aimables qualités la divine libéralité, qui ren-

1 Numqnid non ipse est pater tuus, qui possedil te, et fecif, et creavit te? Deutei-., XXXII, 6.

* Pater meus et mater mea dereliqueruiit me; Doœiuus autem assumpsit me? Ps. XVI, 16.

3 Tu pater noàter, et Abraham nescivit nos, et Israël iguoravit nos; tu, Domine pater uoster. Is., xxxvi, 10.

* Reliaquet bomo patrem suum et malrem, et adhaerebit ad uxorem suam. Marc, X, 7.

» Despondi vos nui viro virgiuem castam exbibere Ghristo. Il Cor., xxi, 2. 6 Voca me : Pater meus, dux virginitatia meae tu es. Jer., in, 4.

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