‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 141 sur 347 · LIVRE m, CHAPITRE X, § I · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE X, § I

ferme tous les dons et les bienfaits du Seigneur, communs et particuliers, soit du corps ou de l'àme, soit de la nature ou de la grâce, et entre tous les autres, le graud et souverain bienfait de notre rédem[ttion. Mais quelle force d'esprit et d'éloquence serait capable d'expliquer la grandeur et la multitude de ces bienfaits dans toute leur étendue, ou même d'en faire le dénombrement entier? Il serait plus facile de compter la multitude des étoiles du ciel, que celle des dons et des bienfaits de Lieu. Or que sont tous ces effets si prodigieux et si admirables de la libéralité du Seigneur, sinon comme autant de charbons ardents qui doivent enflammer nos cœurs d'amour pour lui? Enfin, pour tout dire en peu de mots, il n'y a point dans les choses créées de raisons d'aimer, qui ne se trouvent infiniment plus grandes en toute manière dans le bien souverain et infini. De là vient qu'il n'y a que le seul amour et un amour de préférence qui puisse répondre à ce que Dieu demande de nous. Tout autre amour est infiniment audessous de celui que méritent cette bonté et cette beauté ineffables du Seigneur.

On le voit : ces lieux sont comme les sources d'où se tirent les raisons et les motifs de charité qui servent à échauffer les cœurs des hommes les plus glacés, et à leur inspirer un ardent et sincère amour envers Dieu.

Le prédicateur donc trouvera soit dans la méditation, soit dans la lecture de l'Écriture et des Pères, des raisons qui feront naître dans l'âme de ses auditeurs les sentiments qu'il veut leur donner pour l(;ur salut. Mais qu"il s'applique surtout et qu'il s'étudie à les exciter fortement à l'horreur, à la haine du péché et à la crainte de la justice divine. Or ce qui sert le plus à frapper vivement les esprits de cette crainte salutaire, c'est la multitude des péchés, l'état de la vie toujours incertain, l'inévitable nécessité de la mort, la profondeur impénétrable des jugements de Dieu, la terrible pensée du compte qu'il faudra lui rendre de toute notre vie, la redoutable sévérité du dernier jugement, l'extrême rigueur et l'éternité efiroyable des supplices de l'enfer, et d'autres semblables considérations tirées de nos fins dernières.

Ce sentiment de crainte est sans doute très-utile pour ébranler

TOM. XIX. \a

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et briser les cœurs les plus ciulnrcis ; car les hommes s'aimeut natiirellemeut beaucoup eux-uièmes , encore qu'ils soient sans amour pour Dieu : cet amour-propre, dont ils ne sont que trop remplis, fait qu'ils ont toujours assez d'horreur de tout ce qui peut faire leur malheur. De là vient que commençant d'ordinaire leur conversion par une crainte servile, qui leur fait détester le péché à cause des châtiments dont ils sont menacés, ils ne laissent pas d'arriver peu à pt!U à cet amour chaste des vrais enfants, qui renferme toujours une crainte respectueuse pour leur père.

C'est pourquoi le prédicateur qui désire ardemment le salut des âmes, doit travailler à inspirer avec force ces sentiments aux hommes, et particulièrement à leur exposer autant qu'il lui est possible, et à leur mettre comme devant les yeux par ses expressions, la rigueur épouvantable et l'éternité des peines de l'enfer. Quelque effort d'esprit et d'éloquence qu'il fasse pour les amplifier, tout ce qu'il en dira sera toujours beaucoup au-dessous de ce qu'est dans la réalité la grandeur effroyable de ces peines. Toute la force de l'art, tous les tours de l'adresse et de l'éloquence sont incapables d'y atteindre. Ainsi, bien loin de pouvoir par la force des paroles et des expressions les représenter plus grandes qu'elles ne sont en effet, il n'approchera jamais en aucune manière de leur véritable grandeur. Mais encore que ce qu'on en dit soit beaucoup moindre que la réalité, cela ne laisse pas d'avoir la force de toucher et d'émouvoir les cœurs les plus durs et les plus insensibles; et pour cela, il faut que le prédicateur ait un recueil choisi de passages et de pensées toutes prêtes pour exciter ces sortes de sentiments dans les esprits, et pour les porter ensuite à l'étonnément de ce que l'on voit tant de chrétiens qui, persuadés de toutes ces vérités par la certitude de la foi, vivent néanmoins de la même manière que s'ils les considéraient comme des fables et des contes de vieilles femmes. Lors donc que nous avons trouvé des raisons et des arguments propres à produire dans les esprits ces sortes de mouvements et d'impressions, nous y devons joindre les moyens qui servent à les amplifier, et ensuite les confirmer par des exemples et des comparaisons, par des ressemblances et des différences, et par les témoignages de l'Écriture et des Pères.

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