‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 142 sur 347 · LIVRE ill, CHAPITRE X, S TT · texte numérisé non relu

LIVRE ill, CHAPITRE X, S TT

( De la pitié ou compassion. '

Dans les discours du barreau, l'orateur doit toucher les juges et exciter la compassion en faveur de son client; mais dans les discours de la chaire, le prédicateur a rarement l'occasion d'émouvoir ce sentiment. Il doit néanmoins le faire dans certaines circonstances, par exemple en parlant de la mort et de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ou en montrant les douleurs de la très-sainte Vierge, soit lorsqu'elle fut réduite à fuir en Egypte avec Jésus nouveau-né pour le sauver de la fureur d'Hérode; soit lorsque l'ayant perdu, elle quitta tout pour le chercher durant trois jours; soit enfm, ce qui est sans comparaison plus pitoyable, lorsqu'elle le vit souffrir et mourir ignominieusement sur la croix , et qu'il fut enseveli et mis dans le tombeau. Ce même sentiment de pitié s'excite aussi fort à propos dans les discours où l'on traite des combats et des tourments des saints martyrs.

Mais quoiqu'il ne se présente que rarement dans la prédication des sujets qui demandent la compassion, nous ne laisserons pas d'insérer en cet endroit ce que les maîtres de l'éloquence en ont enseigné, afin que le prédicateur habile et intelligent puisse en profiter dans l'occasion. Voici donc ce que nous apprenons de(Cicérouy, le plus habile des orateurs romains :f'« On excite la commisération dans l'àme de l'auditeur, si l'on peint les vicissitudes de la fortune, la prospérité, l'adversité où nous nous sommes trouvés tour à tour, et que l'on peut comparer; si l'on fait l'énumération et le tableau de tous les mallieurs qui résulteraient pour nous d'une condamnation; si l'on a recours à la prière, et qu'on se mette à la merci de ceux que l'on implore; si l'on retrace, si l'on décrit les maux dont notre infortune accablera notre famille j nos enfants, nos amis, (et que l'on se montre sensible, )non pas à ses propres souffrances, mais à leur solitude, à leur misère ; si l'on rappelle aux juges les preuves de clémence, de douceur, d'humanité, que l'on donna soi-même autrefois; si nous leur prouvons

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que nous fûmes toujours ou longtemps malheureux; (si nous déplorons notre destinée', et la fatalité iiui nous poursuit;\si nous protestons de la fermeté de notre Ame, intrépide contre les menaces de l'avenir. Mais il faut que ces mouvements soient courts : rien ne sèche plus vite que les larmes '. » \

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