‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 144 sur 347 · LIVRK III, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRK III, CHAPITRE XI

je'?» On trouve encore une exclamation dans cette parole par laquelle le Sauveur marque sa douleur : « Malheur au monde, à cause de ses scandales - ! »

-Afaisi l'exclamation est bien plus forte et plus véhémente quand elle est continuée, ou qu'elle en contient plusieurs. Telle est celle de saint Grégoire de Nazianze, dans VOraison funèbre de sainte (îorgonie sa sœur^ où il relève les vertus éminentes de cette sainte femme, et particulièrement son ardeur et son assiduité à passer les nuits dans les prières et la psalmodie. Après avoir fait une exacte peinture de la ferveur et de l'excellence de sa piété , il s'écrie : « 0 nuits toujours passées sans .sommeil! ô sacrées fonctions de la divine psalmodie, dont elle était incessamment occupée ! 0 Psaumes et Cantiques de David, toujours trop courts pour les saintes âmesîjo membres délicats prosternés sur la terre, et livrés à des austérités au-dessus de la nature! 0 ruisseaux et fontaines de larmes, qu'elle a si souvent répandues dans l'affliction et la tri.stesse sainte de son cœur, afin de produire une moisson abondante dans la joie ! 0 cris poussés pendant la nuit, qui percez les nues et allez jusqu'à Dieu! 0 ferveur d'esprit, ardent amour de la prière, qui ne craignez ni le froid ni la pluie, ni le tonnerre, ni la grêle, ni les ténèbres, ni rien de ce qui effraie durant la nuit !

(O force admirable d'une femme, qui dans le combat du salut, avez

glorieusement surpassé la force des hommes, et fait voir qu'il n'y

a point de difïérence de sexe dans les âmes et cju'elle n'est que

dans les corps ! »

L'exclamation est jencore beaucoup plus vive et plus animée,

/lorsqu'elle est/jointe à l'apostrophe^ et que l'esprit, excité par la grandeur de là chose, adresse son discours à des êtres muets et inanimés. ;Telle est celle-ci : « 0 cieux, frémissez d'étonnement ! pleurez, portes du ciel, et soyez inconsolables^ ! » Et cette autre, qui précède l'exposition même du sujet, ce qui est rare : « Cieux,

* 0 j;eneratio incredala et perversal quousque ero vobiàcum? usquequo vos patiar? Mallh., \\'\\, IG.

' Xte. mnndo a scaudalis! Matth., xviii, 7.

3 Obslupescite cœli super hoc, et portai ejiis desolamiai vebouieoler. Je/'., a,

écoutez, et toi, terre, prête l'oreille; car c'est le Seigneur qui a parlé '. »\En voici une autre, que la grandeur du désir seul pousse et exprime, et qui, pour être moins vive, n'en a pas moins de force et de majesté : « Cieux, envoyez d'en haut votre rosée, et que les nues fassent descendre le juste comme une pluie salutaire ; que la terre s'ouvre, et qu'elle germe le Sauveur - ! » On voit bien que cette parole est poussée par un ardent désir du salut du monde. En voici une autre inspirée par un sentiment de reconnaissance et de joie : « Cieux, louez le Seigneur, parce qu'il a fait miséricorde. Terre, soyez dans un tressaillement dejoie depuis une extrémité jusqu'à l'autre. Montagnes, forêts avec tous vos arbres, faites retentir les louanges du Seigneur, parce qu'il a racheté Jacob et établi sa gloire dans Israël ^. » Saint Jérôme, dans l'épitaphe de Népotien, qu'il adresse au saint évêque Héliodore, apostrophe de même la mort par cette exclamation : « 0 mort, qui arraches impitoyablement les frères d'avec les frères ! cruelle qui sépares ceux que l'amour a unis entre eux ^ î »

11 y a une .figure contrairel à celle-ci, par laquelle nous ne parlons pas aux choses muettes et inanimées, mais nous leur attribuons la parole même ; figure vive et véhémente, qui se trouve fréquemment dans l'Écriture sainte. En voici un exemple :f« Les fleuves frapperont des mains,- comme aussi les montagnes tressailliront de joie à la présence *du Seigneur ^. » Et celui-ci : /« Que les cieux se réjouissent, et que la terre tressaille de joie ! que la mer avec ce qui la remplit en soit tout émue! Les campagnes ressentiront cette joie, aussi bien que tout ce qu'elles contiennent. Tous les arbres des forêts tressaiUiront alors par la présence du

1 Audite, cœli, et auribus percipe, terra, quoniam Uoininus locutus est. Is., l, 2.

- Rorate cœli desuper, et nubes pluant justum; aperiatur lerrn, et germiaet Salvatorem. Is., XLV, 8.

« Laudate, cœli, quoniam inisericordiam fecit Dominus. Jubilate , extreiiia terrae; resonate, montes, laudatiouem, saltiis ft omne lignum ejus : qvioniam rcdemit Dominu» Jacob, et Israël gloriabitur. /y., XLiv, 23.

*0 mors quaj fratres dividis, et amore sociatos crudelis ac dura dissocias!

* Flumina plaudeut manu , siiuui moules exultabuut à couspectu Domiiii. Ps. xcvii, 9.

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