LIVRE m, CHAPITRE Xî
Seigneur parce qu'il vient ' » Et cet autre encore : « La miséricorde et la vérité se sont rencontrées; la justice et la paix se sont donné le baiser -. )>
La figure qui approche le plus des précédentes est l'hyperbole, appelée en latin superlado , surélévation ; ] l'usage en est aussi fort ordinaire dans les Livres sacrés. Telle est cette manière si vive dont le Prophète peint les effets de la colère du Seigneur : { « Il a tonné, dit-il, du haut du ciel. Le Très-Haut a fait entendre sa voix,\et il a fait tomber de la grêle et des charbons de feu ; et il a tiré des flèches contre ses ennemis, et il les a dissipés; il a fait briller partout ses éclairs^ et il les a tous troublés et renversés. Les sources des eaux ont paru , et les fondements du vaste corps de la terre ont été découverts ^. » On est frappé de la grandeur et de la majesté de Dieu, en entendant ces effrayants effets du souffle impétueux de sa colère; et c'est aussi le dessein du Prophète, de nous la représenter le plus fortement qu'il lui est possible par cette sorte de figure. Le Seigneur s'en sert de même dans Isaïe : « J'ébranlerai, dit-il, le ciel même, et la terre sortira de sa place à cause de l'indignation du Seigneur des armées et du jour de sa colère ^.. » Saint .Jérôme expliquant cet endroit, dit que c'est une surélévation ou hyperbole, par laquelle le saint prophète décrit la violence impétueuse et redoutable de la colère de Dieu contre les impies. Voici encore un autre endroit du même prophète, qui parait tout semblable : « Je me suis tu jusqu'à cette heure, je suis demeuré dans le silence, j'ai été dans la retenue; mais maintenant je me ferai entendre comme une femme qui est dans les douleurs de l'enfantement. Je détruirai tout, j'abîmerai tout : je rendrai dé-
* Lœtentur cœli, et exultct terra; eoiumoveator mare et plcnitiido ejns; gaudebunt campi, et omnia quae in eis sunt. Tuuc exaltabunt omnia ligna silvaruru, à l'acie Domini, quia venit. Ps. xcv, 11.
^ Aîisericordia et veritas obviaverunt ;ibi ; jiu-litia et pax osculatse sunt.
Ps. L^XXIV, 11.
^ IntoDuit de cœlo Dorainus, et Altissimus dédit voccm suam: grando el carbones ignis. Et misit sagiltas suas, et dissipavit eos; fulgura multiplicavit, et couturbavit eo:;. Et apparucrunt fontes aquarum et revelata sunt fund imenta orbis terraruni. Ps. xvii, 1 i.
* Super hoc cœlum turbabo, et moveliitur terra de loeo suo, propter indiguatiouem Domiui exerdtuum, el propter diem irœ furoris ejus. />•., xiii, 13.
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sertes les iiiontagiies et les collines, j en ferai mourir jusqu'aux moindres herbes. Je tarirai les fleuves et les changerai en îles, et je sécherai tous les étangs * . » Ces paroles nous font voir la grandeur terrible de la colère de Dieu à l'égard de ceux qui abusent de sa douceur et de sa patience.
( L'interrogation bien soutenue et répétée) a aussi de la force et de la vivacité, et sert beaucoup, non-seulement pour exciter des mouvements vifs, mais aussi pour diversifier agréablement le discours, surtout quand plusieurs interrogations, distinguées par articles et séparées en divers membres, coulent de suite dans un même fil de paroles ; car alors cette figure est beaucoup plus vive et plus éloquente, comme dans cet endroit de saint Paul : « Ne suis-je pas libre? ne suis-je pas apôtre? N'ai-je pas vu Jésus-Christ Notre-Seigneur? N'ètes-vous pas vous-mêmes mon ouvrage en Notre-Seigneur? N'avons-nous pas le pouvoir de manger et de boire aux dépens de ceux à qui nous prêchons? Serions-nous donc seuls, Barnabe et moi, qui n'aurions pas le pouvoir de vivre de l'Évangile sans travailler de nos mains? Qui est celui qui aille à la guerre à ses dépens? Qui est celui qui plante une vigne, et qui n'en mange point de fruit? ou qui est le pasteur qui ne mange point de lait du troupeau? Ce que je dis n'est-il appuyé que de la coutume des hommes? n'est-ce pas la loi même qui le dit -? »
On peut de même, après avoir représenté la laideur et la difformité du péché mortel, presser ceux qui ne veulent faire aucun effort pour sortir d'un si funeste et si dangereux état, et leur in.^pirer de la terreur par cette sorte d'interrogation : « Jusqu'à quand, ô malheureux, abuserez-vous de la patience et de la bonté de votre Dieu? Combien de temps demeurerez-vous dans ce pernicieux et
1 Tacui semper, silui, patiens fui; sif.ut parliiriens loquar; dissipabo, et absorbebo simul; deserlos faciam montes et colles, et omue gramen eorum exsiccabo, et pouam flumina et insuias, et stagna arefaciara. Is , xLii. 14.
"2 Non sum liber? non sum apostolus? Nonne Cbristum Jesum Dominum nostrum vidi? Nonue opus meum vos estis in Domino? Numquid non liabemns poteslatcm manducandi et bibendi? Aut ego solus et Barnabas, non babemus polestatem hoc operaudi? Quis militât suis stipendiis unquam? Quis plantât vineam et de fructu ejus non edit? Quis pascit gregem, et de lactc gregis non manducal? Numquid secundùm homiaem hœc dico? An et lex haec non dicit? I Cor., IX, 1.