F.IVRE III, CHAPITRE XI
jugera les vivants et les morts, je vous conjure par son avènement glorieux et par l'établissement de son règne, d'annoncer la parole '....»
Le pieux et savant Titelman, après avoir expliqué selon le sentiment des plus habiles astronomes la grandeur des astres, et montré qu'il y en a un grand nombre qui surpassent énormément celle de la terre, s'écrie : « Je vous conjure, lecteur, qui que vous soyez, de considérer avec un esprit vraiment chrétien ce qui vient d'être dit, et de reconnaître par là combien est misérable le sort des hommes qui, pour de très-petits fonds de terre, perdent la grandeur immense du royaume du ciel. Considérez, dis-je, combien sont malheureux ceux qui se querellent et se fout la guerre, qui se trompent les uns les autres et qui violent les droits et divins et humains pour ces sortes de choses ; car, quand même quelqu'un acquerrait l'empire de toute la terre, ce qui n'est jamais arrivé à aucun des mortels, que remporterait-il de sa conquête, et qu'aurait-il autre chose en sa puissance qu'un point? Il aurait son empire dans un atome. Que prétendent donc et que cherchent en ce monde ceux qui sont en procès, qui s'agitent et se tourmentent pour un peu de terre, pour un petit champ, pour une maison ou une métairie? que prétend 'Ut-ils, sinon de posséder une petite portion de ce point, c'est-à-dire une très-petite partie de la terre? 0 soins vraiment vains et inutiles des hommes! ô aveuglement étrange de leurs cœurs ! Apprenez, malheureux, pour combien peu' de choses vous perdez un trésor inestimable, et quel magnifique palais vous abandonnez pour un petit nid de fourmi, quand vous préférez l'héritage de la terre à celui du ciel. »
Le souhait ( opiatio) exprime l'ardeur du désir, comme cet endroit du Deutéronome : « Que ce peuple n'a-t-il un peu de bon sens et de lumière! que n'a-t-il un peu de sagesse et d'intelligence -! » Et cet autre du Prophète-Roi /« Qui me donnera des ailes/comme à la colombe, afin que je puisse m'envoler et me reposer^? » Et
' Teàtitîcor coram Deo et Josu Chrislo qui judicaturus est vivos et uiorLuos, per adventura ipsius et regnum ejus, prsedica verbimi. II Tirn., iv, 1. 2 Uliuam sapèrent et intelligerent! Deuter., xxsii. 20. ^ Quis dabit milii penuas sicut columbce? et vohibo, et requiescdui. Ps. Liv, 7.
236 RHÉTORIQUE ECCI.ÉSl ASTIQUE.
colui-ci encore : « Jiisiiu'à quand. Soigneur, les pécheurs, jusqu'à quand se glorifieront-ils avec insolence'?» Le Seigneur même parlant aux enfants d'Israël, qui lui promettaient une parfaite obéissance, dit à Moïse : « Tout ce que ce peuple a dit, est bien. Oh ! qui leur donnera un tel esprit et un tel cœur, qu'ils me craignent toujours, et qu'ils gardent en tout temps toutes mes ordonnances, afin qu'ils soient heureux pour jamais, eux et leurs enfants - !» Et le saint homme Job : « Qui pourra me procurer cette grâce, que vous me mettiez à couvert, et que vous me cachiez dans le tombeau ^!... » Et encore : « Qui m'accordera que mes paroles soient écrites? Qui me donnera qu'elles soient tracées dans un livre, qu'elles soient gravées sur une lame de plomb avec une plume de fer , ou sur une pierre avec le ciseau ^ ? » Et le prophète Jérémie, indigné de se voir le témoin des péchés et de la perte du peuple de Dieu, en exprime sa douleur par ce souhait : « Qui me fera trouver une cabane de voyageur, afin que j'abandonne ce peuple et que je me retire du milieu d'eux ; car ils sont tous des adultères, c'est une troupe de violateurs de la loi ^? »
L'imprécation, au contraire, marque l'éloignement et l'aversion que l'on a pour quelque chose , comme celle de Didon dans Virgile :
Que la terre plutôt s'ealr'ouvre sous mes pas^! )
L'usage de cette figure est assez fréquent dans l'Écriture sainte : ' « Que le jour auquel je suis né périsse, s'écrie Job, et la nuit en
1 Usquefiuô peccitores, Domine, usquequô peccatores gloriaijuiitur? f^s. xcni, 3.
* Benè umnia snut locuti. Quis det tabm eos habere menti'iUj ut tiiiieaut me et custodiant universa mandata raea in onmi tempore, ut benè sit cis et fîliis eorum in sempilernum? Deuler., v, 28.
* Quis mihi hoc tribuat, ut iuiuferno protegas me et abscondas me'lJuô., xiv, 13.
* Quis mihi tribuat ut scribanlur sermoues mei? Quis milii det ut exarenlur in libro stj'lo forreo, et plumbi lamiuà, vel celte sculpantur iu silice? ./oô., XIX, 23.
» Quis dabit mihi in soliludine diversorium viatorum, et dereiiuquam populura meura, et reccdam ab eis? quia omnes adulteri sunt, cœtis praevaricatorum. Jer.j ix, 2.
« Sed mihi vel tellus optam, priùs ima dehiscat.