‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 149 sur 347 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des six parties du discours oraloire.

Nous avons exposé jusqu'ici ce qui se rapporte à tous les sermons eu général, les préceptes de l'invention; descendant maintenant au particulier, nous allons expliquer ce qui est propre à chaque sermon. Mais, avant toutes choses, rappelons ce que nous avons déjà dit, suivant Aristote et Cicéron, que la rhétorique comprend trois genres : le judiciaire, le délibératif et le démonstratif; et que chacun de ces trois genres renferme deux parties, savoir : le genre judiciaire, l'accusation et la défense ; le délibératif, la persuasion et la dissuasion ; et le démonstratif, la louange et le blâme. A cela nous avons ajouté le genre didactique, afin de ne pas borner l'objet de la rhétorique aux propositions particulières et déterminées, mais de l'étendre aussi aux universelles et indéfinies et à toute sorte de sujets dont on peut traiter dans le discours. Ce dernier genre comprend donc, non-seulement /les thèses ou propositions indéfinies et universelles ,^ mais ( les^ lieux communs, simples et composés, pour l'usage desquels l'orateur suit la méthode des dialecticiens; c'est aussi la méthode que Cicéron a suivie dans ses Offices. Saint Thomas et les autres docteurs en théologie n'en usent point autrement dans leurs Traités de Dieu, des Auges, de l'Ame, de la Foi, de l'Espérance, de la Charité et des autres vertus, dont ils exphquent toujours la nature, le genre, les espèces, les parties, les causes, les eliVts^ etc. Ce genre a pour fin la science, c'est-à-dire d'enseigner; d'instruire et d'éclairer; il fi.uit néanmoins

que le prédicateur ait soin que tout tende à régler la vie et les mœurs de ceux qui l'écoutent '. De ces quatre genres, nous passerons le premier, qui est le judiciaire, comme peu propre à notre dessein, et nous expliquerons seulement les trois autres ; toutefois, parce qu'il importe beaucoup pour toute sorte de discours sacrés, et surtout pour ceux du genre délibératif qui regardent plus particulièrement le dessein de tout cet ouvrage, de bien connaître les parties principales et comme les membres de chaque sorte de discours, nous devons en donner ici pour ainsi dire le dénombrement.

-^'"Tout discours, pour être entier, doit avoir six parties : l'exorde, la narration , la proposition (à laquelle on joint la division), la . preuve, la réfutation et la conclusion ou péroraison. L'exorde I commence le discours et sert à rendre l'esprit des auditeurs docile I et attentif; la narration est l'exposition détaillée d'une chose ou ' d'une action ; la proposition exprime le fait ou le sujet, dont la division montre en môme temps les parties ; la preuve est l'exposition des moyens ou raisons démonstratives du sujet proposé, et la réfutation est la solution des arguments contraires ; la péroraison ou conclusion est la fin du discours, ou récapitulation qui le ren- . ferme et le finit.

C'est la nature même qui nous montre ces six parties du discours, et qui veut que nous commencions d'abord par nous concilier les esprits de ceux qui nous écoutent ; qu'ensuite, après avoir proposé le sujet et établi le point de la question, nous prouvions ce que nous voulons leur persuader, et que nous donnions la solution de ce qu'on peut y opposer ; qu'enfin, après avoir exposé et amplifié nos preuves et prévenu les objections, nous repassions sommairement sur ce qui a été prouvé au long , et donnions ainsi la dernière main à notre ouvrage. Le discours est donc comme un corps parfait en son genre et accompli en ses membres, lorsqu'il est composé de ces parties dans leur ordre naturel. La première est pour concilier les esprits des auditeurs, et la dernière pour les

' Aujourd'hui les grands prtdicaleurs font de grandes phrases sur la liberté, 8Ur le progrès, sur riiumanitarisuie eu générai. {Le iiud-)

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