LIVRE IV, CHAPITRE I, § I
émouvoir; la preuve et la réfutation sont pour les instruire et les convaincre des choses qu'on veut leur persuader, et les deux autres pour en ouvrir et préparer le chemin. Il s'agit maintenant de savoir ce que demande chacune de ces parties, et quelle est sa fonction et son effet propre. C'est ce que l'on verra dans les paragraphes suivants.
De l'exorde.
f Cette première partie du discours a pour fin de préparer les esprits et de les porter à l'attention, je veux dire de les rendre attentifs et dociles. Les rhéteurs enseignent pour ce! a divers moyens qui se réduisent à quatre sortes, parce qu'ils se tirent ou de la personne qui parle, ou de ceux qui écoutent, ou du sujet même dont il s'agit, ou de la partie adverse J Quant à ceux de cette dernière sorte, comme ils consistent à donner mauvaise opinion des adversaires, ou à aigrir les esprits contre eux, ou à les rendre odieux et méprisables, et que tout cela est très-éloigné de l'esprit et du devoir du ministère apostolique, c'est assez que nous sachions les moyens de rendre attentifs et dociles ceux à qui nous parlons, parce que c'est par ces mêmes moyens qu'on se les rend favorables et affectionnés.
/Ce qui rend les auditeurs attentifs, c'est de leur faire entendre qu'on a de grandes choses à leur dire, des choses nouvelles et extraordinaires, qui regardent ou leurs intérêts propres, ou ceux de Dieu et de la religion^ de les prier de prêter leur attention, et de leur exposer distinctement et par ordre les choses dont on doit les entretenir.
On les trouvera toujours dociles si on leur représente sommairement le sujet sur lequel on veut leur parler, et qu'on le propose de manière à les rendre attentifs; car c'est être docile que d'écouter avec attention.
Deja narration, et surtout des quatre espèces de narrations qu'emploie le prédicateur.
Les rhéteurs qui ont principalement inventé leur art pour les causes du barreau, ont mis au second rang-, après l'exorde, la narration comme étant presque toujours nécessaire dans cette sorte de discours. Ce qu'ils prétendent qu'on doit particulièrement se proposer dans la narration, c'est de faire paraître qu'on est homme de bien, et que l'adversaire est un méchant, peu sincère et porté au mal. On voit assez que cette sorte de narration convient peu à un prédicateur; mais il y en a quatre autres espèces qui reviennent souvent et très-bien dans la prédication, et qu'il nous faut expliquer ici en peu de mots.
La première est lorsqu'on rapporte pour exemple ou pour preuve de quelque vérité, des faits ou des actions tirés de l'Écriture sainte et de la Vie des saints, comme l'histoire de Joseph tralïî et vendu par ses frères, ou celle de David, de Tobie, de Judith, d'Esther, du prophète Jonas et d'autres semblables. Mais que personne ne se persuade qu'il soit facile à chacun de tourner élégamment et de manier avec adresse les exemples de cette nature; car c'est principalement en cela qu'il faut beaucoup d'art pour donner à la narration la grâce et l'ornement qui en font la beauté, puisqu'il faut y employer, non-seulement des paroles et des expressions proportionnées aux personnes, en sorte que le discours soit une vive peinture de leurs mœurs, mais encore de courtes descriptions qui représentent les choses et les mettent comme devant les yeux. Il faut aussi un genre de discours qui convienne aux choses mêmes, en sorte que celles qui donnent de la joie soient dites gaiement ; celles qui sont graves et sérieuses, Èîvec poids et dignité ; celles qui sont illustres et relevées, d'un style poli et brillant; celles qui sont tristes et fâcheuses, avec gémissement et douleur.
Mais, quoique les narrations de cette espèce soient toutes diffé-