LIVRE IV, CHAPITRE I, § H. 24o
flans le genre rlénionstratif, qui sert pour les fêtes et les panégyriijues des saints.
(La troisième sorte de narration est celle qui sert aux sens allégoriques de l'Écriture sainte. Et comme les saints Pères, particulièrement Origène, se sont très-exactement appliqués à la recherche et à Texplication de ces sens spirituels et cachés,; et que c'est même ce qui regarde les prédicateurs plus que tous les autres orateurs, j'expliquerai ici en peu de mots ce qu'il est important et à propos de savoir sur ce sujet.
f Parmi les sens mystiques de l'Écriture, les uns se rapportent aux mœurs, et les autres aux mystères de Jésus-Christ; les uns rentrent dans la philosophie morale, et les autres dans la foi chrétienne : voilà ce qu'on a désigné sous les noms de tropologie et (\'allégorie. Un voit par là que l'allégorie l'emporte en dignité sur la tropologie : car la tropologie, faisant connaître la loi divine, éclaire l'esprit , il est vrai ; mais l'allégorie , révélant la grâce de Dieu, la grandeur ineffable de sa miséricorde et de sa bonté., éclaire l'esprit et réchauffe le cœur tout à la fois.) Nous avons dit plus haut que l'orateur , et spécialement l'orateur chrétien doit instruire, plaire et toucher. Or la tropolog^ie enseigae seulement et fait comprendre ; mais l'allégorie^ en enseignant , fait qu'on entend avec plaisir et qu'on entre dans les vérités qu'elle découvre : elle plaît par l'excellence de la grâce évangélique et des dons de la libéralité divine qu'elle met comme devant les yeux; en même temps elle touche lorsqu'exposant la grandeur de la bonté souveraine de Dieu, elle excite et anime les cœurs à la reconnaissance et à l'amour envers lui, à la haine du péché et à l'espérance du salut.
Mais parce que l'allégorie comprend beaucoup de choses qui regardent le mystère de Jésus-Christ notre Rédempteur, il faut considérer comme une excellente sorte d'allégorie celle qui nous découvre et nous explique principalement le souverain et ineffable mystère de notre rédemption, le mérite infini de la passion de notre Sauveur, et la force efficace et toute-puissante de la grâce divine qui nous est donnée et acquise par son sang; car ces trois choses étant bien amplifiées, ravissent merveilleusement les esprits, les remplissent d'admiration, et les enflamment d'un ardent amour
de Dieu par la vue de sa bouté, de sa douceur, de sa charité et de sa tendresse pour les hommes. Or nul ne peut exciter ces mouvements salutaires dans les âmes par les allégories, que celui (jui a bien compris, d'une part par l'étude et par la doctrine, de l'autre par les instructions secrètes de l'Esprit-Saint, l'excellence de ce don inestimable de la divine miséricorde, et qui en a .reçu de luij nonseulement la connaissance, mais encore le goût et le sentiment. / Ceci regarde la théologie mystique, qui apprend à connaître les I choses divines plus par l'amour et le goût que par l'intelligence ; I théologie dont le Saint-Esprit est le maître véritable et légitime. Qui donc a le bonheur suprême d'être instruit par ce Maître, pourra toujours exciter les hommes à l'amour de Dieu et à la haine du péché, et faire passer dans leurs cœurs les mouvements de son zèle et les sentiments de piété dont il est lui-même rempli et tout animé.
Mais, de nos jours, les uns se contentent du sens littéral et rejettent les sens mystiques; les autres, au contraire, ne s'appliquent qu'à rechercher ces sens ni} stiques presque dans tous les endroits de l'Écriture. C'est ce que saint Jérôme reprenait dans Origène : « Ce docteur, disait-il, s'étend hbrement de tout côté dans les vastes champs de l'allégorie; et donnant aux noms de chaque chose la signification qu'il lui plaît, il transforme en dogmes sacrés de l'Église tous les fruits de son imagination '. » Il faut donc en cela garder une mesure et marcher par la voie joyale dû juste milieu , sans' Jamais chercher d'allégories que lorsque la chose même semble demander un sens mystique et spirituel. Quand, par exemple, le Seigneur, dans l'Évangile, fit de la boue avec de la salive, qu'il la mit sur les yeux de l'aveugle-né et l'envoya à la piscine de Siloé pour se laver ; lorsqu'il tira de la foule du peuple un homme sourd et muet qu'on lui avait amené, et que le prenant à part, il lui mit ses doigts dans les oreilles et de la salive sur la langue, et que levant les yeux au ciel , il jeta un soupir : toutes ces choses nous marquent assez ouvertement qu'il y a là quelque mystère ou quelque sens spirituel caché.
' Liberis campis allegoriœ vagalur, ri iulerprelulio iioiuiuibuà siugulorum, ingenium suum facit Ecclesia; sacrainenta.