‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 153 sur 347 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

C'est pourquoi il me semble que je dois suivre ici la règle qu'Origène nous a donnée sur ce sujet. Toutes les fois qu'il se trouve dans l'histoire sacrée ou dans les préceptes, dans les sacrifices et les cérémonies de l'ancienne loi, quelque chose qui semble d'abord superflu ou même superstitieux , ou peu conforme à la raison eFâ l'équité , nous devons dans ces passages chercher un sens mystique et spirituel, afin que ce qui paraît selon la lettre convenir mal à la dignité de celui qui est l'auteur de la loi, se trou^e lui convenir très-bien dans le sens spirituel. C'est, par exemple, une chose qui paraît peu convenable à l'équité de la loi divine, qu'une femme qui enfante un fils demeure impure pendant sept jours, et qu'il lui soit pendant ce temps défendu de toucher à rien de saint, et que si elle enfante une fille, le temps de cette impureté légale soit doublé. De même encore, d'où vient qu'un homme pur qui, suivant le précepte du Seigneur et l'ordonnance de sa loi^ brùle la vache qui est immolée pour l'expiation des impuretés légales, et qui en recueille les cendres et les répand dans un lieu très-pur, doit laver ses vêtements et être impur jusqu'au soir par la loi même? Peut-on se souiller ou contracter la moindre impureté en obéissant exactement à la loi, et en ne touchant qu'une chose très-pure? Pourquoi est-il encore ordonné de choisir une vache rousse qui soit dans sa force, sans tache et qui n'ait point porté le joug, de l'immoler hors du camp devant tout le peuple, et non dans le temple, de la brûler à la vue de tous et de telle sorte que la flamme consume tant la peau et la chair que le sang et les excréments de l'hostie? Croira-t-on que tout cela soit sans mystère? Mais qu'est-ce encore que le sacrifice ou la cérémonie pour la purification du lépreux qui est guéri de sa lèpre? Combien observerat-on de choses qui sembleraient très-indignes du Dieu qui a donné la loi, si elles ne marquaient rien de spirituel et de caché? Car en voici les propres termes ; « Le lépreux sera mené au prêtre ; et le prêtre é'ant sorti du camp et ayant reconnu que la lèpre est bien guérie, ordonnera à celui qui est purifié d'offrir pour lui deux passereaux vivants dont il est permis de manger, du bois de cèdre, de l'écarlate et de l'hyssope ; il ordonnera de plus que l'un des passereaux soit immolé dans un vaisseau de terre sur de l'eau vive ; il

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trempera le bois de cèdre, l'écarlate et l'hyssope dans le sang du passereau qui aura été immolé ; il en teindra l'autre passereau qui est vivant, il fera sept fois les aspersions avec ce sang sur celui qu'il purifie, afin qu'il soit légitimement purifié; après cela il laissera aller le passereau vivant, afin qu'il s'envole dans les champs. »

Écoutons le même Origène sur ces sortes de lois : « Si nous croyons véritablement, dit-il, qu'elles sont de Dieu, il faut nécessairement que nous reconnaissions aussi qu'il y a quelque chose de spirituel et de caché en elles qui soit digne de la grandeur de ce souverain Législateur ; autrement on aurait sujet de dire , et j'ose même l'avancer, que les lois des Athéniens et des Lacédémoniens étaient plus avantageuses et plus salutaires aux hommes. » Ainsi, lorsque le Seigneur ordonne pour le sacrifice de l'agneau pascal, qui devait être immolé par toutes les familles des Juifs, « que cet agneau n'aura qu'un an, qu'il sera sans tache , qu'on le mangera dans une même maison, qu'on n'en rompra aucun os, qu'il n'en demeurera rien jusqu'au lendemain, et que s'il en reste quelque chose^ on le brûlera au feu, et qu'enfin on le mangera rôti et non cuit dans l'eau, » qui serait si destitué d'esprit et de raison de ne pas croire que toutes ces choses sont pleines de sens mystiques? Aussi saint Grégoire conclut-il, de ce que le Seigneur avait défendu aux Israélites « de rien manger de cet agneau qui fût cru, » qu'il y a nécessairement un sens spirituel caché sous ces paroles , parce qu'autrement il était inutile de défendre d'en manger la chair crue , puisque les bêtes sauvages et carnassières en mangent seules.

Disons maintenant comment on doit expliquer les sens mystiques. On expose d'abord clairement et en peu de paroles , ou la loi même, ou l'histoire, ainsi qu'il a été expliqué touchant la narration, en observant de ne rien dire de la loi ou de l'histoire que ce qui sert à l'explication du sens mystique qui y est caché , et de laisser le reste, à moins qu'il ne soit nécessaire à la connaissance de l'histoire. Si, par exemple, je veux montrer que le mystère de la grâce de Jésus-Christ, de notre rédemption et de l'efficacité des sacrements, est renfermé dans la cérémonie de l'immolation de la

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