LIVRE IV. CHAPITRE I, § II
vache rousse, je laisserai à part un autre mystère renfermé dans la même cérémonie : c'est celui de l'homme qui, après avoir brûlé la vache et répandu ses cendres dans un lieu très-pur , demeure impur jusqu'au soir selon la loi; et j'en rapporterai seulement ce qui regarde la sainte humanité de Jésus-Christ, afin de ne pas embarrasser mutilement mon discours de beaucoup de choses renfermant des mystères que je n'ai pas dessein d'expliquer. De même encore, si je veux montrer que tout le genre humain, dévoué à la mort et esclave du démon par la funeste chute du premier homme, en a été afîranchi, non par la loi de Moïse, mais par le bienfait de l'incarnation du Fils de Dieu, je ne rapporterai de toutes les circonstances de l'histoire de l'enfant ressuscité par le prophète Elisée, que celles qui regardent particulièrement l'explication de ce mystère ineffaljle de l'incarnation, savoir, que la mère de cet enfant, qui avait charitablement logé plusieurs fois chez elle ce saint homme, recourut promptement à lui; qu'il envoya d'abord chez elle son serviteur avec son bâton, pour le mettre sur le visage de l'enfant mort ; mais que ce bâton n'eut aucune efficacité pour lui rendre la vie, et que l'enfant ne ressuscita que lorsque le prophète, qui avait envoyé le bâton, étant venu et monté sur le lit, se rétrécit pour ajuster tous ses membres à ceux de l'enfant mort, en sorte que sa chair en étant échauffée, il ouvrit les yeux et recouvra la vie qu'il avait perdue.
Lors donc que l'on a ainsi exposé quelque histoire ou quelque ordonnance de la loi, il faut en premier lieu faire connaître par les raisons que nous avons exposées , suiA'ant la pensée d'Origène, qu'il y a quelque mystère caché dans ces choses, flouchant cette histoire d'Elisée, par exemple, je dirais : Pourquoi ] j Dieu, qui est le maître souverain de la vie et de la mort, a-t-il inspiré à ce saint prophète d'en user d'une manière si extraordinaire pour ressusciter un enfant ?]N'est-on pas moins frappé de la toute-puissance du Créateur, lorsqu'il emploie des moyens si bas et si petits en apparence pour produire ce miracle, que si par la seule voix de son prophète il eût en un instant retiré cet enfant des bras de la mort, comme il lui était certainement très-facile? Il faut donc reconnaître que l'histoire de cette résurrection, bien
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que véritable en elle-même, a été toute mystérieuse; et lorsqu'on a ainsi excité l'attention des auditeurs par ces sortes de raisons, et l'avidité de leur esprit pour connaître ce mystère, il faut commencer à en développer la vérité, et à la représenter en rapportant et accommodant chacune de ses parties avec chaque partie ou circonstance de la loi ou de l'histoire, et en se servant pour cela, autant que la clarté et la netteté du discours le permettent, de termes et d'expressions métaphoriques que l'on sache faire allusion à la loi, ou au fait proposé. Ce qui néanmoins doit se faire de telle sorte, que le discours ne paraisse pas tout rempli, mais seulement mêlé de métaphores, de peur qu'il n'en soit obscurci et embarrassé, et que d'allégorique il ne devienne énigmatique. 11 faut aussi prendre garde de ne pas s'arrêter trop longtemps, comme font quelques-uns, dans l'interprétation des noms; mais en les expliquant en peu de paroles, il est bon de s'étendre et d'appuyer sur la chose pour laquelle l'allégorie est employée, et d'user même quelquefois d'un discours plus étendu pour agrandir ce qu'on veut persuader.
On donne tant de sortes de préceptes sur ce sujet, qu'il est impossible de les comprendre tous dans un discours abrégé. C'est pourquoi j'ajouterai seulement en dernier lieu, que le prédicateur studieux et vraiment zélé pour son ministère, qui veut s'appliquer à l'explication de ces sens mystiques, doit lire avec beaucoup d'attention ^es livres d'Origène sur le Pentateuque) parce qu'il y apprendra pleinement et à fond comment on doit traiter cette principale partie de la théologie. Il y a encore un ouvrage de cette sorte intitulé : Radulphi Flaviani opus in Leuiticum,) qui est certainement très-digne d'être lu pâFîôîïs"ceux qui veulent prêcher la parole de Dieu, et en enseigner les mystères. On peut encore y ajouter la lecture d'un ouvrage de trente anciens Pères, qui est un recueil d'allégories et de sentences morales, où l'on trouve une infinité de choses très-dignes d'être soigneusement étudiées.
11 nous reste à parler de la quatrième sorte jje-narration, qui sert particulièrement pour l'explication de l'Évangile dans les homélies ou entretiens spirituels qu'on appelle communément