‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 155 sur 347 · LIVRE IV, CHAPITRE I, § III · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I, § III

prônes ; mais c'est ce que nous expliquerons plus particulièrement dans le quatrième chapitre de ce livre.

§ in.

De la proposition et de la division du sujet et de tout le discours.

La proposition fait connaître en peu de mots le sujet du discours. < /Elle est le principe et comme le chef de la preuve! si bien qu'elle ne peut jamais s'omettre. Quand la proposition est simple, on y joint la division, qui est l'énumération des parties qu'elle renferme. Il y a deux sortes de divisions : l'une, employée seulement dans le genre judiciaire, établit ce dont on est d'accord avec son adversaire et ce qui reste en contestation ; l'autre, qui peut servir dans tous les genres, fixe les choses dont on veut parler, et l'ordre dans lequel on doit les traiter. )

Cela sert merveilleusement à rendre l'auditeur docile, parce qu'il connaît ainsi d'avance toutes les parties du discours, et l'ordre dans lequel chacune de ces parties doit être traitée ; et cela est aussi très-avantageux pour soulager la mémoire du prédicateur, et de toute personne qui veut parler sur quelque sujet que ce puisse être.

Il faut prendre garde que la division ne soit ni obscure, ni prolixe, ni embarrassée. Car elle doit avoir trois qualités: être entière, être courte et n'avoir pas plus de trois parties, rarement quatre : y toutefois il peut arriver, en certaines rencontres, qu'il soit nécessaire de subdiviser quelqu'une des parties de la division, pour exposer plus nettement ce qu'on veut montrer, comme l'a fait Cicéron dans son discours pour la loi Manilia, touchant l'élection d'un chef ou général d'armée pour la guerre contre Mithridate; car sa première division est celle-ci : « Je dois premièrement parler de la nature de cette guerre, ensuite de sa grandeur et de son importance, et enfin du choix d'un général capable de la bien conduire * . » Et après avoir achevé les deux premières parties de

' Priau'un niihi de génère bclli, deindè de maguitudiue , tùm de iuipcratore idoueo ad bellum Milhridaticum deligendo.

sa division, il vient, à la troisième, qu'il divise encore ainsi : « ,1e pense qu'un chef d'année doit avoir ces quatre qualités : la connaissance de l'art militaire, la valeur, l'autorité, le bonheur '. »

On peut aussi emprunter des dialecticiens beaucoup d'autres choses qu'ils enseignent sur la division; mais pour ce (jui regarde notre objet, ce à quoi l'on doit principalement prendre garde, c'est r'qiie les membres ou parties de la divison aient une liaison natu- *l relie entre elles, c'est-à-dire, qu'elles soient comprises sous un /jnéme genre et d'une manière univoque, ou sous une même idée. C'est en quoi plusieurs manquent trop grossièrement, lorsque s'arrêtant au seul son du mot, qui est souvent lié à des idées trèsdifférentes, ils joignent ensemble sous un même nom plusieurs membres différents entre eux. J'ai honte d'en rapporter des exemples. C'est la faute que commettent ceux qui, jour expliquer cet endroit de l'Évangile : « Vous êtes une ville située sur la n:iontagne, n disent que cette montagne est premièrement le saint dont ils doivent faire l'éloge, ensuite l'Église, et enfin l'àme du juste, et font de ces trois sortes de montagnes les trois parties de leur sermon. On voit une infinité de défauts de cette sorte dans plusieurs auteurs qui ont écrit et donné des sermons au public.

Comme donc l'ordre et la netteté du discours dépendent de la manière de le diviser, et que les fautes que plusieurs commettent dans la division y causent souvent de la confusion^ nous marquerons ici en peu de paroles ce que le prédicateur doit principalement considérer en cette partie : qu'il ait soin de se bien mettre devant ' les yeux l'effet qu'il veut produire, c'est-à-dire le but qu'il se propose dans tout son discours ; qu'il observe ensuite les raisons par lesquelles il prétend y atteindre, et qu'il les range dans un ordre convenable avec prudence et adresse. Là il trouvera les parties de la division, qui renfermeront tout le fond principal de son discours. C'est ce qui parait clairement dans l'exemple de cette division de Cicéron, que nous venons de rapporter. On laisse au jugement du prédicateur tout ce qu'on pourrait prescrire de plus sur ce sujet, puisque, selon la pensée de ce grand homme, toute cette

' V.^o enim sic existimo, in siitnmo imperatorn qiialiior has res incsse oportere, scientiam rei militaris, virtutenij auctorilatem, felicilatem.

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