‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 156 sur 347 · LIVRE IV, CHAPITRE 1, § V · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE 1, § V

manière de disposer le fond et les raisons d'où se tire la division, dépend plus de l'esprit et de la prudence de Torateur que des préceptes de l'art.

De la preuve.

Les premières parties que nous venons d'expliquer, sont comme un acheminement à cette quatrième partie du discours. Et tout ce que nous avons dit^dans le second livre, soit de l'invention des arguments,^ soit des' diverses formes de raisonnements, appartient aussi à la preuve et peut y servir beaucoup; mais) comme il est du devoir de l'orateur, non-seulement d'enseigner, ainsi que les dialecticiens, mais encore de plaire et de toucher, c'est-à-dire, de parler de telle sorte que non-seulement on comprenne bien ce qu'il dit, mais qu'on se plaise aussi à l'entendre, et qu'on se rende à ce qu'il veut persuader, ses raisonnements sont aussi plus no^bles^ plus relevés et plus pleins de grâce et de force, que les arguments secs et maigres des dialecticiens, auxquels néanmoins l'orateur doit rapporter toute la force et toute la solidité de son discours, s'il veut prouver et convaincre. Les figures de diction doivent faire l'ornement et la beauté de ses raisonnements, ainsi que nous l'avons exphqué ^ans le livre précédent.

De la réfutation.

La réfutation, c'est-à-dire la manière de résoudre, d'affaiblir ou d'atténuer les arguments et les preuves des adversaires, est enseignée par Cicéron dans ses livres de Rhi'torique. en ces termes : « Tout raisonnement se réfute, ou en n'admettant point tout ce qu'on y pose pour fondeaient dans les prémisses, ou en niant que la conclusion en soit bien tirée, ou en montrant que le raisonnement même est défectueux et qu'on y suppose pour \Tai ce qui est faux, ou en opposant à la force du raisonnement proposé un autre raisonnement d'une forc€ égale ou plus grande. »;I1 traite le même

sujet plus au long dans son troisième livre de l'Invention. Corni-

ficius et Quintilien en parlent aussi à fond après lui.

■' On se sert encore d'autres moyens pour la réfutation, comme

j de se moquer des preuves ou arguments de la partie adverse, et

\ de tourner contre elle les indices qu'elle allègue contre nous : par

exemple, ayant à répondre à celui qui prouverait qu'un homme

en a tué un autre, parce qu'on l'a trouvé auprès du mort, je pour-

, rais dire qm^ c'est au contraire une preuve qu'il est innocent de ce

I crime, parce que s'il l'avait tué, il n'aurait pas manqué de prendre

la fuite.

§ VI

De la conclusion ou péroraison.

(«Cette dernière partie du discours, dit Cicéron, consiste presque toute, ou dans une récapitulation abrégée qui réunit en peu de mots toutes les preuves développées précédemment, ou dans un redoublement d'efforts pour exciter dans les âmes des passions et des mouvements, et y jeter des impressions conformes au sujepet à la matière que l'on a traitée et à la fin que l'on s'est proposée. Mais il faut prendre garde que si ce détail ou dénombrement abrégé se fait toujours de même, on ne le prendra que pour une adresse fade et une répétition ennuyeuse; on préviendra ce dégoût et cet ennui, si l'on sait diversifier l'expression avec esprit et d'une manière agréable.^^Il fauF imiter ici les orateurs qui, pour une plus grande facilité, repassent succinctement chaque chose l'une après l'autre; ou bien, ce qui est plus difficile, il faut reprendre les parties de la division, remettre devant les yeux les raisons qui ont fourni la preuve de chacune, et demander aux auditeurs si, après ce qui leur a été prouvé, ils ont encore quelque chose à désirer de plus convaincant. Nous avons clairement fait voir la vérité de telle chose, rendu cette autre certaine et incontestable par telle et telle preuve; et ainsi l'on rappelle tout en la mémoire de l'auditeur, et on le persuade qu'il n'a plus rien cà désirer. Il faudra aussi dans ces sortes de récapitulations, parcourir vos raisonnements, et (ce qui demande plus d'adresse) y joindre en même

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