‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 157 sur 347 · LIVRE IV, CHAPITRE I, § VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I, § VI

temps les objections ; ensuite, après avoir rappelé votre preuve, montrer la solution que vous avez donnée à ce qu'on y avait opposé. Ainsi l'on renouvellera dans l'esprit de l'auditeur, par cette comparaison courte et abrégée, le souvenir de la preuve et de la réfutation, d'où dépend toute la force du discours ; ce qu'on aura soin de diversifier encore d'une autre manière : car vous pouvez faire ce détail et cette récapitulation personnellement et par vous-même, pour rappeler dans l'esprit des auditeurs ce que vous avez dit et l'endroit où chaque chose a été dite; bu faire parler quelque personne ou quelque chose, en lui attribuant toute la récapitulation; quelque personne, dis-je, en cette sorte : Si l'auteur même de la loi était ici présent, et qu"il vous demandât pourquoi vous doutez, et ce que vous attendez encore, après qu'on vous a si évidemment montré et ceci et cela. Ce qui nous donne lieu, tantôt de repasser l'une après l'autre les raisons et les preuves, tantôt de les rapporter chacune à la partie du discours pour laquelle elles ont été employées ; quelquefois de demander aux auditeurs s'ils ont quelque chose de plus à désirer; /'et d'autres fois de comparer nos preuves et nos raisons avec celles des adversaires. On introduit aussi une chose, en lui attribuant le discours par détail ou récapitulation, en cette sorte : Que diraient les lois, si elles pouvaient parler? Ne nous presseraient-elles pas maintenant par cette plainte : Qu'attendez-vous davantage. Messieurs, puisqu'on vous a si évidemment prouvé telle et telle chose ? On peut aussi en ce genre de récapitulation se servir de toutes les manières que nous avons marquées ci-devant; mais le précepte que l'on donne communément pour la récapitulation, est que les raisonnements et les principes posés dans le corps du discom's, ne pouvant pas y être répétés entièrement, il faut choisir seulement de chacun ce qui a le plus de poids et le plus de force et le toucher très-sommairement, afin d'en rafraîchir la mémoire sans répéter tout le discours *. »\

Quintilien nous donne sur ce sujet des règles toutes semblables, mais qui regai'dent plus particulièrement les discours du barreau.

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Nous pouvons néanmoins en tirer beaucoup de choses qui sont très-utiles pour notre objet, surtout en ce qui concerne les conclusions ou péroraisons du genre délibératit. Voici comment il en parle : « Les choses que nous répéterons dans la péroraison, pour en rafraîchir la ménioh'e, doivent se dire très-sommairement. En effet, si l'orateur s'y arrête trop, ce ne sera plus une énumération, mais un second discours qu'il fera à la suite du premier. Les choses qui se répéteront doivent se dire avec poids. Il faut les ranimer par des sentences convenables au sujet, et en varier les tours par le moyen des figures, rien n'étant plus odieux qu'une simple répétition, qui fait sentir aux juges qu'on se défie de leur mémoire. Or il y a une infinité de tours et de figures dont on peut également bien se servir. Cicéron nous en a donné d'excellents modèles, comme, lorsqu'acîressaut la parole à Verres, il lui dit : / « Si votre père lui-même était votre juge, que dirait-îl quand on

( lui prouverait que », qu'ensuite il reprend tous les faits dont

il avait parlé; (et, dans un endroit, lorsqu'il invoque toutes les divinités dont Verres avait enlevé les statues et profané les temples durant sa préture. Tantôt l'orateur feindra de douter s'il ne lui est rien échappé, afin d'avoir lieu de revenir aux mêmes chosesj! tantôt il demandera à la partie adverse ce qu'elle peut répondre. » Quant à l'autre partie de la péroraison, nous avons dit qu'elle consiste à émouvoir et à toucher les auditeurs. En effet, les principaux efforts de l'orateur dans les causes judiciaires, tendent à exciter des sentiments d'indignation ou de pitié : car celiû qui parle contre un accusé s'efforce d'irriter l'indignation des juges contre son crime, et celui qui le défend se ^ert-d es mouvements de compassion et de pitié pour les fléchir en sa faveur. Celui-îà donc, après avoir prouvé le crime, en expose l'atrocité, et excite ainsi les juges à le venger et à le punir selon la rigueur des lois; et celui-ci au contraire, après avoir employé ses preuves et ses raisons pour la défense et la justification de l'accusé, les exhorte à la clémence et à la miséricorde. Ce qui fait voir clairement que les mouvements de la péroraison doivent avoir de la convenance et de la liaison avec la nature de la cause.

C'est en celte manière que le prédicateur de l'Evangile, après

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