CHAPITRE II
Première sorte de discours sacrés, ou manière de prêcher dans le genre délibératif pour persuader ou dissuader.
Il nous faut parler maintenant des divers genres de discours sacrés. Le premier a pour objet la persuasion et la dissuasion, qui forment les deux parties du genre délibératif. Ce genre est tellement propre au prédicateur, que dans toutes sortes de sermons, soit sur les saints, soit sur les mystères et les bienfaits de notre rédemption, soit sur les Évangiles et les autres Livres sacrés, il ne doit point se proposer d'autre but, ni avoir autre chose en vue dans tout son discours que de porter fortement ses auditeurs à la piété et à la justice, ou de les détourner du vice et du péché.
Nous allons appliquer au genre délibératif, ce que nous avons dit en général des six parties du discours.
L'exorde doit, dans le genre délibératif, rendre les auditeurs attentifs, en leur exposant d'une manière claire et distincte l'excellence et la dignité ou la nécessité du sujet que nous devons traiter; car on écoute toujours avec attention et avec plaisir ce qu'on regarde comme très-important. Si l'on veut, par exemple, déraciner du cœur des hommes les haines invétérées , on pourra commencer son discours, en exposant que ce péché est bien grave et détestable, selon ce témoignage de saint Jean : « Tout homme qui hait son frère est homicide ' ; » qu'il jette de profondes racines dans les âmes, et qu'y demeurant ainsi longtemps attaché, il y produit une infinité d'autres crimes; et qu'enfin cette pernicieuse passion porte et étend très -loin ses funestes effets par la malice des hommes déraisonnables et méchants, qui se plaisent à en donner partout des occasions, à l'exciter et à la fomenter ; et qu'ainsi il est de la dernière importance de détruire un vice si pernicieux et si étendu dans ses funestes suites par la multitude des crimes et des maux innombrables qui en naissent.
S'il s'agit de les porter au bien, on en use tout autrement; on expose d'abord en peu de paroles, les avantages ou la nécessité de la vertu, et l'on fait voir en même temps combien il nous importe d'en bien connaître l'excellence et la dignité. C'est de cette manière que saint Cyprien commence son excellent ouvrage sur la patience, en ces termes : « Ayant dessein de vous parler de la patience et d'en montrer les avantages, par où puis-je commencer plus à propos, mes très-chers frères, qu'en vous faisant remarquer que vous avez besoin de patience pour m'écouter, mais tellement besoin, que vous n'en sauriez même entendre parler sans en avoir? Car nous ne pouvons profiter de ce que l'on nous dit qu'autant que nous l'écoutons patiemment. Aussi de tous les moyens que notre religion nous fournit pour acquérir les biens qui nous sont promis, je n'en vois point de meilleur, ni de plus utile que la patience. Les philosophes païens font profession de cette vertu, aussi
' Omuis qui odil fratrem suum, homicida est. I Joan., ni, 15.