LIVRE IV, CHAPITRE II, i; 1. 26.t
qui l'effraient, lui font horreur et la retiennent dans le devoir.
La preuve est suivie de la réfutation, laquelle, comme il a déjà été dit, sert à repousser et à détruire tout ce qui s'oppose à nos raisons, et qui retient et empêche ceux à qui nous parlons de s'y rendre et d'entrer dans ce que nous leur persuadons.
C'est ainsi que saint Cyprien, après avoir dit beaucoup de choses des fruits et des avantages de l'aumône, réfute tous les vains prétextes et les fausses raisons qui arrêtent les hommes et les détournent de l'exercice de cette vertu ; car il en parle en ces termes : « Mais vous craignez peut-être qu'en assistant ainsi les pauvres, votre bien ne s'épuise et que vous ne tombiez dans la pauvreté. N'ayez point peur que cela vous arrive, et tenez-vous en repos de ce côté-là : les richesses ne s'épuisent point lorsqu'on s'en sert pour .lésus-Christ, » etc. Un peu après il rejette encore l'excuse de quelques autres, qui disent qu'ils ne peuvent faire des aumônes, étant obligés de conserver leur patrimoine à leurs enfants, et il les réfute en cette manière : « Au reste, mes très-chers frères, qu'aucun chrétien ne prétende s'excuser de faire l'aumône sur ce qu'il a des enfants , puisque c'est Jésus-Christ qui reçoit l'aumône, et qu'ainsi ce ne sont pas des serviteurs comme nous que nous préférons à nos enfants, mais Notre-Seigneur même, » etc.
En dernier lieu vient l'épilogue ou péroraison, qui a deux parties, comme il a été expliqué ci-devant. L'une est de rassembler sommairement toutes les preuves capitales, afin d'attirer et de faire entrer dans notre sentiment ceux à qui nous parlons, par la force et le poids de toutes nos raisons réunies; et l'autre, d'exciter en eux des mouvements qui les poussent à faire ce que nous leur avons déjà prouvé, et de leur montrer pour cela que c'est une très-grande indignité de négliger une chose si salutaire , ou d'en rechercher une si pernicieuse. Le même saint Cyprien nous en donne encore un exemple dans son discours sur la patience, où, après avoir relevé les avantages de cette vertu, il finit son discours par cet épilogue : « C'est la patience qui nous rend agréables à Dieu, qui apaise la colère, qui met un frein à la langue, qui gouverne l'esprit, qui conserve la paix, qui entretient la discipline, qui rompt l'impétuosité des passions déshonnêtes , qui réprime les
2Gfi HHETORIQIE ECCLÉSIASTIQUE.
eruporleinei\ts de l'orgueil, éteint le feu des divisions, retient la puissance des riclies dans de justes bornes, et console les pauvres dans leur indigence. C'est elle qui conserve la bienheureuse intégrité des vierges, la chasteté laborieuse des veuves, l'union sainte et indissoluble des personnes mariées. Elle rend humble dans la prospérité, constant dans l'adversité, doux et insensible aux injures et aux affronts. Elle apprend à pardonner promptement à ceux qui nous offensent, et à demander longtemps pardon, par beaucoup de prières, à ceux que nous offensons. Elle surmonte les tentations, souffre les persécutions, et consomme les souffrances et le martyre ' . »
Ce que le prédicateur ajoute de plus que l'orateur aux six parties du discours dans le premier geure.
Aux six parties du '^îiscours qui lui sont communes avec l'orateur dans le genre délibératif, le prédicateur ajoute une chose qui lui est propre et particulière; c'est-à-dire qu'après avoir prouvé l'obligation ou d'exercer quelque devoir de vertu ou de fuir quelque vice, il montre , encore la manière ou les moyens de faire l'un ou d'éviter l'autre. )Plutarque compare ceux qui exhortent à la vertu sans montrer en quoi elle consiste et par quelle voie on y parvient, à ceux qui mouchent bien une lampe, mais n'ont pas le soin d'y verser de l'huile pour l'entretenir. Ainsi celui qui exhorte à faire l'aumône, doit à la fm de son exhortation enseigner comment on peut exercer utilement cette œuvre de charité et en montrer les moyens, qui sont de ne point donner avec trop d'épargne, mais
1 Patientia est, qwB nos Deo commendat et servat ; ipsa est quae iram tempérât, qu« Unguam fraenat, quae mentem gubernat, pacem custodit, discipliiiam régit, libidiiiis impeluui fraagit , tumoris violentiam comprimit, inceudium simultatis extinguit, coercet potentiam divitum, iaopiam pauperum refovet, tuetur in virginibus beatam inlegritatem, in viduis laboriosam castitalem, in conjunctis et maritalis individuain charitateiu, facit humiles in prosperis, in adversis fortes, ,contra injurias et contumelias mites; docet deliquentibus citù ignoscere; si ipse delinquas, diù et muUùm rogare; tentationes expugnat, persccutiones tolérât, passiones et matlyria i ousummat.