LIVRE IV, CHAPITRE II, § II
libéralement, puisque « celui qui sèuie peu recueillera peu et celui
qui sème avec abondance recueillera avec abondance ' » ; de
donner gaiement et de bon cœur, et non avec tristesse et comme par force; car Dieu aime celui qui donne avec joie -; » de faire l'aumône en secret, et de cacher ce que l'on donne, en sorte « que votre main gauche ne sache point ce que fait votre main droite ^ ; » comme aussi de la faire par un mouvement de charité et de compassion, ce qui est le propre de la miséricorde, etc.
Il en est de même lorsqu'on a traité des avantages de la prière. 11 faut montrer quelle préparation on doit y apporter, la manière de la bien faire et les conditions nécessaires pour qu'elle soit efficace. Voilà ce que doit faire celui qui parle par un zèle pur du salut des âmes, et non par une vaine ostentation; et afin de proposer ici quelques exemples de nos propres écrits par manière d'instruction, on peut voir à la fm de notre Traité de r exercice de la prihe et de la méditation trois discours sur les trois parties de la satisfaction des péchés, appelées les trois œuvres satisfactoires, qui sont la prière^ le jeune et l'aumône. On y reconnaîtra mieux dans chacun ce que demande cette sorte de sujet , que les règles et les préceptes ne le montreront.
Et dans le livre que nous avons intitulé la Guide des pécheurs , nous avons amplement traité ce même sujet en deux parties, où ayant pour but et pour fm principale d'exhorter les hommes à l'amour et aux exercices de la vertu , nous avons exactement observé ce que demande cette sorte de discours pour la persuasion. Car nous avons d'abord tâché, dans l'exorde, de nous concilier l'attention des lecteurs , en leur faisant entendre que le sujet que nous allions traiter était la plus nécessaire de toutes les choses qui sont dans la vie. Ensuite nous avons représenté la loi du devoir et de l'honnêteté qui devait nous y porter, en expliquant la bonté immense de notre Dieu, et ses inestimables bienfaits qui demandent
' Qui parce seminat, parce et metet, et ([ui semiaat in benedictionibus, de benedictionibus et metet. Il Cor., ix, 6.
2 Non ex tristitià , aul ex necessilate, hiiarem enim datorem diligit Deus. Ibid.. 7.
3 Te autem faciente eleemosyuam, nesciat sinistra tua quid faciat dnstera tua. Matth. y\, 3.
268 HHErORlQL'E ECCLÉSIASTIQUE.
de nous une entière obéissance et tout notre amour; puis, nous étendant encore sur l'utile et l'agréable, nous avons exposé en cet endroit douze insignes avantages, dont toutes les personnes de piété et de vertu jouissent en cette vie. Nous avons après cela réfuté, d'une manière claire et évidente , toutes les excuses et les fausses raisons dont les méchants ont coutume de se servir pour s'éloigner de la vertu et de la piété ; et ayant rassemblé sommairement dans le dernier chapitre de cette première partie les raisons et les preuves du sujet, nous avons tâché d'exciter dans les esprits des mouvements de crainte et d'amour, pour faire sortir les tièdes et les lâches de leur engourdissement, et pour les encourager et les exciter à l'amour de la vertu et à la crainte de Dieu; c'est là ce que contient cette première partie. Dans la seconde , nous avons prescrit et expliqué la manière et les moyens de s'appliquer utilement à la recherche et à la pratique de la vertu .
Il est bon de remarquer, principalement en ce genre, qu'on doit amplifier autant qu'il est possible, les biens et les maux, les utilités et les dommages qu'on attribue à ce qu'on veut ou persuader ou dissuader, parce que, plus on représente ces choses grandes, plus elles font de fortes impressions dans les esprits.
Il faut aussi distinguer/cleux sortes d'auditeurs à qui l'on parle.
I Les uns, ignorants et grossiers, préfèrent leur utilité à tout ce qu'il
/ y a de plus honnête; les autres, mieux instruits et plus polis, s'at-
\^ tachent plus à l'honneur et à la dignité qu'à toute autre chose.
Ainsi les raisons d'honnêteté ont plus de force sur ceux-ci, et
celles d'utilité sur ceux-là.